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  Le "Gosse" téméraire Retour à Georges Guynemer

 

 

 

Icône de l'Armée de l'Air Georges Guynemer est depuis sa disparition l'un de ses pilotes les plus connus, sinon le plus connu.

Et pourtant cet homme n'aurait jamais dû voler... Ses exploits ont cependant fait pendant la Première Guerre Mondiale la Une des journaux et dès la fin de la guerre il a été l'objet d'un "culte" dont la biographie d'Henry Bordeaux a donné le "la". Derrière l'image se cachait l'homme, le pilote, l'As des As, courant, volant derrière son inaccessible étoile...

Georges Guynemer

 

gEORGES gUYNEMER

 

Une enfance insouciante.

Le père, Paul Guynemer, la mère Julie née Doynel de Saint Quentin, une fille, Yvonne, puis un garçon, Georges, le 24 décembre 1894, puis une deuxième fille, Odette ; la famille Guynemer est au complet. Le jeune Georges reçoit d’abord une éducation par une préceptrice, puis est placé au collège Stanislas (comme son père), pensionnaire. Un état de santé précaire qui ne l’empêche pas d’obtenir le baccalauréat, et d’entrer dans une classe préparatoire au concours des Grandes écoles: Polytechnique, Saint-Cyr....

 Georges Guynemer
 

Oui mais la guerre éclate.

« Que puis-je ajouter, monsieur? C'est un garçon très simple et très doux, plein d'énergie. Est-ce à moi de le dire? Vous me voyez très fière. ». (Grand-mère de Georges).

Passion juvénile.

1m 73, 48 kg.

Difficile d’imaginer ce jeune homme marcher au pas ou courir au combat sous son barda de 20kg. Ajourné à cause de son physique. Pourtant Georges veut faire la guerre, mais il ne veut pas de l’infanterie, son ambition, son désir c’est l’aviation. Il est ajourné, trois fois… C’est compter sans son opiniâtreté et… les relations de son père, ancien officier de l’Ecole Saint-Cyr.

Le commandant Bernard-Thierry n’a sans doute pas pris de lui-même l’initiative d’inscrire Georges sur les listes de l’Ecole de Pau qu’il dirige. A minima il a obtenu quelques garanties de sa hiérarchie. Georges Guynemer entre dans l’aviation. Mais c’est par la petite porte.

Georges Guyemer

portrait Georges guynemer

 

Elève-mécanicien au titre du service auxiliaire… ce n’est pas glorieux, mais cela n’est pas un repoussoir, pour lui qui, avec son camarade Krebs, s’est passionné pour l’automobile et l’aviation.

Va pour mécanicien, jusqu’au jour où sa demande d’élève-pilote a des chances d’être acceptée fin décembre 1914. « Soldat Guynemer, engagé volontaire, élève mécanicien à l’école d’aviation militaire de Pau. A Monsieur le Ministre de la Guerre. J’ai l’honneur de vous demander de bien vouloir m’admettre dans le personnel navigant comme élève pilote. J’ai déjà effectué des vols comme passager. »

Avis du Commandant de l’Ecole.

« Très bon jeune soldat, extrêmement sérieux, sera certainement parfaitement à sa place comme élève pilote. Très intelligent, a une instruction très développée. Apte à recevoir avec fruit l’instruction d’élève pilote. Engagé volontaire pour la guerre. »

Elève-pilote, 101ème de la liste… la place importe peu puisqu’elle le rapproche du but : voler au service de la France.

Un tour de passe-passe est cependant nécessaire : le complément indispensable du dossier —Etats de service, certificat médical— se serait perdu dans la pagaille de « Monsieur Lebureau » replié à Bordeaux devant l’avancée allemande.

« 27 janvier 1915, corvée de neige. 28 janvier, corvée de neige. 29 janvier, conférence et corvée de neige. 30 janvier, corvées à l'aérodrome Blériot. ».

Les premiers jours de son apprentissage, consignés dans son carnet, sont encore loin du vol.

Début février enfin le temps permet de sortir le rouleur, ce Blériot aux ailes très raccourcies dont le rôle est d’apprendre à aller droit et à maîtriser sa vitesse. Ne pas zigzaguer, ne pas se planter en pylône.

                                         

rouleur blériot guynemer

 

Dix minutes de cet exercice pour chaque élève, le « 30 chevaux » passe de main en main, mais Guynemer essaye toujours de gagner quelques minutes malgré les reproches de ses instructeurs.

Saut de puces, premiers vols, premiers atterrissages viennent ensuite. Seuls les conseils du moniteur accompagnent ces vols à basse altitude où toute fantaisie est exclue

Ils seront d’ailleurs plusieurs —Tarascon, Benoit-Thierry, Daucourt, à revendiquer leur bonne influence sur un élève qui a tendance à prendre quelques risques et à outrepasser les consignes malgré les remontrances. Gagner quelques minutes de vol…

 

 

Et s’il a le mal de l’air quand il vole comme passager, la position de pilote lui permet d’affronter les remous sans encombre. Le 11 mars il peut se présente aux épreuves du Brevet civil de l’Aéro-Club de France qu’il obtient.

Guynemer Tarascon« Au père Tarascon, mon premier moniteur.» Retrouvant Tarascon lors de sa brève affectation à l’escadrille 3), Guynemer lui dédie cette photo affectueusement impertinente.

blriot mini

 

 

Puis il abandonne le Blériot pour le Morane-Saulnier, plus puissant, plus rapide, mais aussi plus dangereux avec ses 80 chevaux. Son apprentissage à Pau se termine et c’est à Avord qu’il va se perfectionner et passer le Brevet militaire le 26 avril. Première épreuve : Avord, Châteauroux, Romorantin, Avord, un circuit triangulaire effectué à 2.000m d’altitude certifiée par barographe et dont les atterrissages sont certifiés par procès-verbal. Deux vols en ligne droite Avord Etampes et retour clôturent l’épreuve et le brevet n° 853 lui est délivré. Georges Guynemer sait voler, il possède les deux brevets nécessaires, il lui reste à apprendre à piloter et à maîtriser toutes ces figures nécessaires au combat dont Adolphe Pégoud a fait la démonstration —vols sur le dos, virage sur l’aile, tonneaux, looping, descente en vrilles—, et que la hiérarchie a proscrites sous peine de sanction.

Le « gosse ».

En mars 1915, les Blériot de la « BL 3 » ont été remplacés par des Morane-Saulnier, biplaces à moteur Gnôme et Rhône de 80 CV et l’escadrille devient la «MS 3». Le capitaine Brocard succède, le 11 avril, au capitaine Bellenger, au commandement de l’unité, et oriente aussitôt les missions de la «MS 3» vers le combat aérien. Le Haut commandement a en effet décidé de spécialiser les escadrilles Morane Saulnier pour les missions de chasse. Sa principale rivale, la « MS 12 » a déjà pris de l’avance avec 2 victoires aériennes à cette date (Navarre et Pelletier d’Oisy) et en comptabilisera six début juin. A la « MS 26 » Roland Garros a déjà deux victoires avec son système du tir axial dont les déflecteurs protègent l’hélice...

9 juin 1915. «Guynemer Georges, caporal pilote. Détaché à l'escadrille MS 3 et pris en subsistance le 9 juin 1915. Détaché à Dugny le 24 juin, rentré le 26 juin 1915. » Cette mention du Carnet de Comptabilité en Campagne salue l’arrivée de Guynemer à l’escadrille MS 3.

Dugny, c’est la Réserve d’Aviation. Que peut y faire Guynemer sinon un aller-retour pour chercher un avion, en remplacement de celui qu’il aurait « bouzillé » comme l’on dit à l’époque.

Védrines raconte : « Le gosse de 20 ans était très chic, très chic, d'une mise élégante, même recherchée, qui, je l'avoue, produisit sur moi un effet désastreux. (…) Le premier vol fait par Guynemer ne tint pas ce qu'on en attendait, certes non ! A l'atterrissage l'avion était brisé. Certains trouvèrent cet incident très comique, car cet enfant qui venait parmi les hommes et n'ouvrait presque pas la bouche ne jouissait point d'une excellente presse. » Inutile de dire ce qu’en a pensé le chef d’escadrille !

 

Georges Guynemer va devoir montrer d’autres compétences dans ce premier mois où il doit, sous la direction de Védrines, prendre ses marques à la fois dans l’air et sur terre. Les missions d’observation et de reconnaissances avec différents observateurs vont lui donner de l’assurance. Lors de ses premiers vols il essuie des tirs de DCA qui endommagent l’aile droite de son avion le 16 juin. Et modifient les regards de ses coéquipiers.

Le 10 juillet il affronte, sans résultat, son premier combat avec le lieutenant de Ruppière comme mitrailleur. Le 19 juillet 1915 à l'aube, Guynemer saute dans son « zinc » en compagnie de Guerder, son mécanicien qui n’a même pas eu le temps de se préparer. Cette mission est celle de la première victoire consignée dans le carnet de vol :

«Départ avec Guerder sur un Boche signalé à Coeuvres et rejoint sur Pierrefonds. Tiré un rouleau, mitrailleuse enrayée, puis désenrayée. Le Boche fuit et atterrit vers Laon. A Coucy, nous faisons demi-tour et voyons un Aviatik se dirigeant à 3200 mètres environ vers Soissons. Nous le suivons et, dès qu’il est chez nous, nous piquons et nous plaçons a 50 mètres dessous, derrière et à gauche. A la première salve, l’Aviatik fait une embardée et nous voyons un éclat de l’appareil sauter. Il riposte à la carabine: une balle atteint l’aile, une balle érafle la main et la tête de Guerder. A la dernière salve, le pilote s’effondre dans le fuselage, l’observateur lève les bras et l’Aviatik tombe à pic, en flammes, entre les tranchées...»

 

Et racontée dans une lettre : « Parti sur un Aviatik qui nous narguait à 3.800 mètres, j'échange des coups de mitrailleuse malheureusement de 3.400 car mon moteur bafouillait. Je tire 70 coups, il ne répond pas et me gratte; je le suis jusqu'à Coucy où on me canonne à 3.700. Je le vois atterrir et je revenais furieux quand vers 3.200 je vois un boche se dirigeant vers Soissons Une fois dans nos lignes je pique et ouvre le feu à 50 mètres. Il riposte en s'étant rapproché de 15 ou 20 mètres et nous voyons le recul de son fusil; mon mécano est blessé. Je manoeuvrais à l'empêcher d'atterrir et à 2.800 le pilote s'effondre. Le passager et couic. La chute à pic en flammes à 50 mètres derrière les tranchées boches. Il nous restait 20 cartouches et 10 litres d'essence ».

« Je pique et ouvre le feu à 50 mètres ». Le récit à la première personne peut surprendre puisque c’est Guerder qui tient la mitrailleuse. Il montre que Georges entend déjà occuper une place en pleine lumière au sein de son escadrille. L’équipage atterrit vers le point de chute de son adversaire. Séance photos sur place. Devant le Morane à l’hélice ébréchée, avec Guerder, avec le colonel Marchart, avec le commandant Bourgeat, avec Védrines arrivé en admirateur, avec les soldats qui ont accouru, au poste de tir épaulant la mitrailleuse. C’est Védrines qui pilotera pour le retour estimant que son « protégé » n’est pas dans un état émotionnel assez serein.

A la suite de ce fait d’arme remarquable —c’est la deuxième victoire de l’escadrille quinze jours après la première de Brocard—, il est nommé sergent le 26 juillet à prendre date le 20.

Nouvelle séance de photos à Vauciennes le 4 août : Guynemer et Guerder arborent leurs deux médailles : La médaille militaire et la Croix de guerre, ont également été accordées à Guerder.

Citation à l'ordre de la 6ème armée en date du 21 juillet 1915 (ordre n°1161 D): « Caporal Guynemer: Pilote plein d’entrain et d’audace, volontaire pour les missions les plus périlleuses. Après une poursuite acharnée, a livré à un avion allemand un combat qui s’est terminé par l'incendie et l’écrasement de ce dernier.»

Entrain et audace, il en fait preuve avec un peu d’inconscience. A l’image de Védrines pour lequel il éprouve une certaine admiration, Guynemer se porte volontaire pour des missions secrètes : atterrir derrière les lignes pour déposer des espions. Il note dans son carnet de vol: « 23 septembre 1915.- Mission spéciale, 3 heures, 3.000 mètres ».

Il souligne dans un entretien les difficultés et les dangers de ce type de mission au-delà des lignes et auxquelles les Allemands préparaient un accueil particulier en tendant des fils de fer sur les terrains potentiels. « — Je décidai de ne plus recommencer. La mission spéciale c'est du sale boulot. » Le 10 octobre, Guynemer reçoit le Nieuport X n°320 qui était celui du Sergent Armand Bonnard (muté à Lyon où se constituait l'Escadrille N91 S à destination de Salonique pour secourir la Serbie). Il avait Baptisé son appareil « Vieux Charles». L'avion est un Nieuport X équipé d'une mitrailleuse Lewis sur le plan supérieur. Sur les flancs de fuselage est écrit «Vieux Charles Esc N 3 ».

« Vieux Charles » ornera donc les avions de Guynemer.

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Octobre Novembre est une période assez importante consacrée à l’apprentissage des conditions de vol des nouveau avions Nieuport dont l’escadrille est dotée.

Beaucoup d’essais sont nécessaires pour maîtriser le passage du gauchissement à l’usage des ailerons dont sont maintenant munies les ailes, du biplace au monoplace. La 6ème armée mobilise l’escadrille 3 pour des reconnaissances en arrière du front et particulièrement sur les voies ferrées ainsi que des opérations de bombardement des gares. Pour Guynemer, le 2 octobre : une mission de bombardement. Une autre le 3 Tout cela n’est pas très palpitant !!!

Mais amène Guynemer à affronter les avions allemands qui cherchent à empêcher ces missions et qui s’enfuient aux premiers coups de mitrailleuses, certains mêmes préférant se rendre aux troupes françaises.Le LVG (Avion de la marque LuftVerkehrsGesellschaft) que Védrines a forcé à atterrir passe de mains en mains, y compris en celles de Guynemer et différents mécaniciens pour en évaluer les performances.

La 6ème armée se réorganise. 22 octobre : surveillance de revue du général en chef avec Houssemand et 2 avions de l’escadrille MF 19.  26 octobre : surveillance en patrouille à deux avec Houssemand de la revue par le Président de la République et le Roi d'Angleterre du 2ème Corps Colonial au-dessus de la région de Blancourt avec 2 avions de la MF 62.

Le 6 novembre, après plusieurs jours d’inactivité dues au mauvais temps, Guynemer décolle pour protéger la reconnaissance d’armée du brigadier Richard et de l’adjudant Hatin (10h 30 à 12h 40). « Protection de la reconnaissance. Attaqué un LVG près de Chaulnes, à court distance (2m dessous). Mitrailleuse enrayée (Ressort de percussion faussé). En virant pour m'éloigner j'accroche l'aile droite du LVG; les dégâts se bornant à un peu de toile arrachée, en plus une balle dans le plan supérieur au-dessus de la tête ». Une mission qui porte en elle comme le schéma de principe de beaucoup d’autres : Une fougue qui s’avèrera assez dangereuse. Un enrayage qui stoppe l’élan et que l'on retrouvera souvent. Un retour forcé au terrain. Georges Guynemer repart à 11h 45 sur le même avion rapidement rafistolé, pour une heure un quart de ronde. Sur la région Péronne, Chaulnes, Roy où il pense retrouver l’équipage Richard – Hatin dont il avait la charge de la protection. RAS.

17 novembre : Le général commandant la 6ème armée édicte un ordre interdisant au capitaine Brocard, à l'adjudant Védrines et au sergent Guynemer de participer aux missions de reconnaissances et de se spécialiser dans la chasse à l'intérieur des lignes françaises qu'ils ne franchiront sous aucun prétexte. Mais l’ordre n’est pas toujours suivi. 28 novembre : Une attaque sérieuse avec son Nieuport monoplace lors d’une mission d’une heure en parallèle à la mission d’observation de l’équipage Richard - Hatin. Enrayages successifs. Avec le lieutenant de la Fressange comme observateur, il accomplit le 30 novembre une importante mission de 2h 40 dont le compte-rendu résumé mérite retranscription. « Reconnaissance d'armée: Péronne, Vermand, Ham, Nesle, Chaulnes. Circonstance atmosphériques: assez bonnes, brumeuses par instants. Altitude 2.400m. Observations: avons mis 45 minutes de Vermand à Ham, vent de bout très fort, ne pouvant plus avancer, sommes sortis par Chaulnes. Atterrissage à Moreuil pour prendre de l'essence, et capotage par coup de vent ».

On continue à l’appeler le Gosse, mais il a fait sa place dans l’escadrille bien que ce 30 novembre 1915 le bousilleur de zinc ait été de retour… « Capotage par coup de vent »…

Guynemer pilote alternativement plusieurs types d’avions, biplaces ou monoplaces, Morane ou Nieuport ce qui oblige à une gymnastique pour passer de l’un à l’autre, et en particulier du gauchissement à l’utilisation des ailerons de ce Nieuport 302 qu’il pilote depuis 3 mois.

Par chance aucun blessé.

Mis à part la 2ème victoire, déjà ancienne, de Brocard le 28 août, seul son nom s’inscrit jusqu’au 11 mars 1916 au palmarès des victoires officiellement homologuées de l’escadrille. Le 5 décembre 1915, le sergent Guynemer — il vole seul sur le Nieuport 10 numéro 320 qu’il conduit depuis le 10 octobre— abat son deuxième adversaire. Alors que le sergent Grivotte qui effectue de 9h 45 à 11h 15 une ronde au-dessus de Compiègne, Carlepont, Roye et retour ne voit rien à signaler Georges qui a décollé à 9h 30 pour la même zone engage le combat. « Aperçus deux avions allemands évoluant à 3.200m environ de hauteur dans la région Ouest de Chauny. » Le sergent Guynemer se dirige vers l'avion ennemi le plus élevé et le rejoint au-dessus de Sailly. C'est un biplan allemand. Tiré une quinzaine de coups de mitrailleuse à 50m. Lui n'a le temps de tirer que 2 fois car le sergent Guynemer se place immédiatement au-dessous de lui et une vingtaine de mètres en arrière. Le sergent Guynemer tire alors le reste de son disque de 47 cartouches. L'avion pique en vrillant. Le sergent Guynemer recharge sa mitrailleuse et perd de vue son ennemi à 2000m d'altitude. Après avoir tourné quelques instants sur la forêt, très canonné, le sergent Guynemer descend sur Compiègne, avise un Caudron G 4 qui tire sur lui et qui s'éloigne, et atterrit le long de l'Oise, au Nord de Compiègne ».

C’est la 4ème victoire de l'escadrille.

Dessous et en arrière de son adversaire, cette position sera souvent celle de Guynemer exploitant l’angle mort des monoplaces et des multiplaces allemands.

Quand il ne se précipite pas tirant de loin, 200m puis de très près : 20 à 10 mètres.

Pour être sûr que son éventuelle victoire soit officiellement reconnue, Guynemer attend que son adversaire ait passé les lignes et se trouve au-dessus des lignes françaises et respecte ainsi les ordres reçus.

Une mission de repérage du trafic sur ligne de chemin de fer Roye, Nesle l’illustre (3ème victoire).

8 décembre. A 8h 30 Georges Guynemer décolle pour une mission de 2h 15 et rentre vainqueur. « En redescendant, aperçu avion allemand, haut et loin dans les lignes ennemies, le sergent Guynemer remonte de 1.000m attendant une heure en suivant de loin l'avion ennemi. Au moment où il passe les lignes à Beuvraignes le sergent Guynemer lui coupe la retraite et le prend en chasse. Après l'avoir rejoint en 5mn il tire 7 coups de mitrailleuse à 20 mètres derrière et dessous (10h 35). L'avion ennemi, un LVG probablement, pique, peut se redresser, puis descend les roues en l'air, déporté jusqu'à Beauvraigne par le vent souvent très violent. Le passager et le pilote sont projetés hors de l'appareil et tombent, le premier dans le bois de Bas, le deuxième à Tilloloy. Le sergent Guynemer atterrit à la 4ème Batterie à Grivillers ».

14 décembre. Victoire en protégeant un bombardement de la VB 108. Le rapport en est laconique. Son appareil est atteint de plusieurs balles. C’est sa 4ème victoire personnelle.

Le 24 décembre, jour anniversaire de ses 21 ans il est nommé Chevalier de la Légion d'Honneur et obtient une citation à l'ordre de l'armée (Ordre n°2209 D):

« Pilote de grande valeur, modèle de dévouement et de courage. A rempli depuis six mois deux missions spéciales exigeant le plus bel esprit de sacrifice, et livré treize combats aériens dont deux se sont terminés par l'incendie et la chute des avions ennemis. »

Le rédacteur de la citation est en retard : ce sont 4 victoires aériennes qu’il aurait fallu noter.

27 décembre 1915. Au décollage du terrain de la RGA (Réserve Générale d’Aviation) du Bourget Guynemer met le Nieuport 12 n°534 en pylône. Il se fait photographier devant, décontracté, tout sourire, un peu narquois, comme il l’avait déjà fait le 30 novembre. Clin d’œil ou petite provocation ?

Fin décembre 1915 la période de transition est en voie de se terminer pour la 3 qui possède maintenant en majorité des Nieuport. Georges Guynemer a 21 ans. En 8 mois il a effectué toutes les sortes de mission possibles : protection de reconnaissance, protection de bombardement, surveillance de revue, observation d’armée, poursuite d’avion allemand signalé, bombardement, mission spéciale, ronde de chasse.

Il a été nommé Chevalier de la Légion d'Honneur, décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre. Il a 4 victoires homologuées, il n’a aucun rivale dans son escadrille. Et il va continuer à le montrer lors du 1er trimestre 1916.

Janvier 1916 est un mois de travail sur les Nieuport dont l’escadrille est dotée. Tous les jours les pilotes sortent pour des vols d’essai, des essais de mitrailleuse. Février s’ouvre sur 2 victoires pour Guynemer. Doublé officiel, triplé probable. Sur un Nieuport qu’il connait bien, le numéro 320. Le rapport est difficile à lire : « 9h 30 12h. Ronde région Roye Chaulnes. Attaque à 11h 10 un LVG qui riposte à la mitrailleuse. Tiré 47 coups à 100m. L'avion ennemi pique très fort dans ses lignes. Perdu de vue à 500m du sol. A 11h 40 attaqué un LVG (avec Parabellum) à 20m illisible et pique en spirales poursuivi à bout portant jusqu'à 1.900m par illisible qui redresse et le perd de vue. Cet avion avait les ailes jaunes de la teinte jaune habituelle, le fuselage de la teinte blanche des N et semblait profilé comme celui des illisible. A 11h 50, attaqué un LVG qui pique même distance dans les nuages où il disparait. Atterrissage de l'avion français à Amiens ».

Un premier article paraît à la une du Petit Parisien le lendemain 4 février, avec pour titre « Le vieux Charles », et raconte les exploits d'un certain G..., jeune pilote de 21ans. Le coup d’envoi est donné pour une campagne qui ira crescendo. « Le Vieux Charles. Il vient d'atteindre sa vingt et unième année. Au physique, c'est un grand garçon mince et bien pris. Teint mat, une ombre légère au-dessus des lèvres, et deux yeux noirs qui vous regardent sans modestie excessive, mais aussi sans vanité aucune. Vêtu de sa veste sombre et de sa culotte de cuir, il réalise bien le type de notre moderne guerrier aérien: jeune, souple, adroit, audacieux, brave jusqu’à la témérité, belle fleur de notre France. …[015-  photo 035-SHD-A-F]De ses combats contre fokkers ou aviatik, il en parle comme d'une chose simple, courante, coutumière. Il a une méthode à lui. Seul à son bord, il s'en va sur le petit biplan de combat, lequel gaillardement file ses 160 à l'heure. [6 lignes censurée]. Aussi trois fois en quelques jours, il a vu l'ennemi anéanti sous le tac-tac-tac de sa [censurée] triomphante; de sa [censuré] dont la crosse de bois s'orne  tel le fusil de Bas de Cuir,[1] de clous de cuivre -un par avion abattu. L'autre jour pourtant, la lutte faillit se terminer tragiquement pour notre héros. Le "Vieux Charles" attaquait un biplan à 2.800 mètres. Au moment de tirer, à 30 mètres, à bout portant, la [censuré] reste sans voix... Le "Vieux Charles" c'est l'appareil, le joli petit biplan de chasse et de combat. Le pilote, c'est le jeune dieu qui vient d'atteindre sa vingt et unième année, l'admirable jeune homme apprenti aviateur en mars 1915, breveté en avril et combattant depuis: c'est G... dont le dolman de drap noir est barré par la Légion d'Honneur la médaille militaire et la croix de guerre à quatre palmes de bronze. Demain nous n'aurons plus assez de rubans pour récompenser ses exploits. »

La citation viendra le 9 février : « Guynemer, sergent pilote à l'escadrille N 3: pilote de chasse d'une audace et d'une énergie à toute épreuve. Le 3 février a contraint successivement trois avions ennemis à atterrir précipitamment dans leurs lignes. Le 5 février a attaqué un avion LVG et l'a abattu en flammes dans les lignes allemandes »

Il ne vole plus jusqu’à fin février et début mars il vole peu : quelques déboires —capotage (encore…), panne, réservoir crevé—. Mais aussi vols d’essai et finalement le 12, une victoire malgré 3 enrayages contre un LVG qui prend feu et tombe en vrille. Ayant ouvert le feu à 100m de distance, il continue jusqu’à s’approcher à 20m selon son mode opératoire habituel.

Le 13 mars un combat l’arrête dans son élan lors de sa seconde mission. Ce sera la seule participation de Guynemer à la bataille de Verdun. Il le raconte ainsi: « Le lendemain -c'était un 13- mais un aviateur ne peut guère s'attarder à ces superstitions - je partis avec la ferme volonté d'en descendre au moins deux, puisqu'il y en avait autant dans le ciel de Verdun. …

"A l'autre...Celui-ci est sans doute un as… Je veux me placer sous son fuselage pour le canarder. Malheureusement j'apprécie mal ma vitesse, supérieure à la sienne et je le dépasse. Vite il profite de la situation, et m'envoie une rafale, me fusillant à loisir. Mon capot, criblé vole en éclat. Un ricochet me frappe au visage, m'entaille la joue et le nez et deux balles me traversent le bras gauche. En un mot, un parfait arrosage! Je saigne abondamment et souffre beaucoup. Il s'agit de ne pas tomber dans les pommes. J'examine en hâte la situation. Je me laisse choir en plongeant de 300 mètres pour faire croire que je suis descendu. Tandis qu'un autre vient en aide de mon rival pour tenter de me finir.je me redresse et en ne pilotant que d'une main, je parviens à regagner nos lignes et me pose à Bricourt. J'ai encore un éclat à la mâchoire: les médecins m'ont dit qu'il valait mieux le laisser. C'est un souvenir ...pourvu que ce soit un fétiche et qu'il permette de me venger. »

Absent de la scène principale de Verdun sur laquelle il aurait pu briller, mais surtout sur laquelle son principal challenger, Navarre, en profite pour atteindre 10 victoires (19 mai 1916) alors que Georges était à 8 juste avant ce maudit accident. Faute de pouvoir occuper la Une des journaux, un certain silence sur son absence est demandé par son père.

Aussi veut-il reprendre le combat très rapidement, trop rapidement, avec son escadrille repliée à Cachy et appelée à jouer avec les autres escadrilles un grand rôle au sein du Groupe de Combat.

L'obsession du Boche

Pendant cette période d’inactivité il a été nommé sous-lieutenant le 12 avril 1916. Le 10 juin il reprend officiellement sa place et va enchainer les missions.  « Je partis avec la ferme volonté d'en descendre au moins deux… ». Cet état d’esprit ne l’a pas quitté et ne le quittera plus. « 35 balles à bout portant et couic »pour le 4ème avion allemand abattu. Et pour le 8ème il écrit : « Un de moins ». « Couic » Il ne rentre pratiquement jamais RAS. Quand il ne soutient pas de combat, c’est qu’il ne débusque aucun avion ennemi où qu’il est dans l’impossibilité de le faire. Il poursuit en effet ses missions jusqu’au bout du carburant ou des munitions. 22 juin , carnet de vol : « Ronde Péronne Roye. Vu un Fokker dans ses lignes. 2h 25, 3.300m. Attaqué par un bi-fuselage à 10m. Mitrailleuse ne peut tirer. Désenrayé. Pique derrière et le fait rentrer chez lui. Attaqué deux avions sur Villers-Bretonneux: Incendié l'un d'eux en même temps que Chainat. 2h 40, 4.200m. Ronde Chaulnes Péronne Roye. Un biplace qui rentre rapidement. 3h 30, 4.200m. » Victoire partagée avec Chainat. Une victoire partagée, c’est rare à la 3 car Brocard ne le veut pas, et sans doute les pilotes non plus qui entretiennent une certaine émulation entre eux. La dernière semaine de juin est celle de la préparation de l’offensive programmée pour le 1er juillet et dans laquelle l’escadrille aura à mener des missions anti-drachen à l’aide du dispositif des fusées Le Prieur avec lesquelles plusieurs pilotes s’entrainent.

Le 1er juillet est déclenchée l’attaque franco-anglaise sur la Somme. L’escadrille N 3 effectue 29 missions à la suite de Guynemer qui commence la journée à 4h 20 en s’élançant avec Deullin (retour à 7h 10. RAS). A 8h 40 Guynemer redécolle suivi par Chainat, Bucquet, Dorme, De la Tour pour 2 heures trente de vol. La dernière mission, celle de Dorme, rentre à 21h 20.

Le 2 juillet les 14 missions de l’escadrille se partagent entre attaques de drachen ou mission de protection d’attaque par fusées Le Prieur et ronde de chasse. Le sous-lieutenant Guynemer sort tous les jours de cette première semaine d’offensive franco-anglaise, mais sans résultat.

La note émanant de la direction de l’Aéronautique de la 6ème Armée qui donne les ordres de mission pour le 7 juillet rappelle qu’il est interdit aux Nieuport de sortir isolément et interroge le commandant du Groupe de chasse : Pourquoi le sous-lieutenant Guynemer était-il seul?

Guynemer préfère les attaques solitaires ou les patrouilles à deux avec un coéquipier…

Cependant il va se plier à la discipline de l’escadrille en participant à une forte patrouille en début de soirée du 10 juillet.

Voler en patrouille, oui mais avec la Bande Noire. « Nous avons formé avec Guynemer, de la Tour et Heurtaux un quatuor dénommé la "Bande Noire" dont les armes sont la cigogne tenant dans son bec une longue banderole noire" (Lettre de Deullin le 12 juillet). [19- photo 024-LATOUR-F] Qui se traduira par une bande noire peinte sur le dos des avions derrière le pilote, la hiérarchie ayant refusé qu’ils fassent flotter un drapeau noir aux haubans de leurs avions.

C’est au cours de l’une de ces patrouilles que le 16 juillet Georges abattra son dixième avion allemand. « 9h 25, 10h 15. Ronde sur la Somme. Vus 5 LVG. Le sous-lieutenant Guynemer et le lieutenant Heurtaux attaquent à 10 heures le premier groupe de 2 avions. Tiré à bout portant. Les 2 LVG s'abattant, l'un vertical, l'autre les roues en l'air entre Barleux et la Somme. Les 3 avions ennemis restant rentrent chez eux en piquant. 9h 30, 10h 45 Lieutenant Deullin, lieutenant de la Tour: Prise de photos gênée par la mer de nuages. »

Le 21 juillet 1916 parait dans le Journal des débats politiques et littéraires une information qui ne peut pas le laisser indifférent.

« La Guerre Aérienne.

Les exploits de nos aviateurs.

Les aviateurs dont les noms sont rendus publics en récompense de leurs succès répétés sont, jusqu'à présent :

Sous-Lieutenant Navarre, 12 appareils abattus.

Sous-lieutenant Guynemer, 10 appareils abattus.

Sous-lieutenant Nungesser, 8 appareils abattus.

Sous-lieutenant Chaput, 6 appareils abattus.

Sergent Chainat et sergent de Rochefort, 5 appareils abattus.

 

La 11ème victoire  du 28 juillet est bienvenue dans le cadre de cette compétition qui ne dit pas son nom.

La Bande Noire : 3 victoires le 3, le 17, le 18. D’abord en duo avec De la Tour (1er août) ou avec Heurtaux (2 août) il attaque mais ne peut conclure (enrayage) et doit laisser la victoire à Heurtaux. Puis en trio le 3 août : Guynemer, Heurtaux, de La Tour partent à 9h 20 pour une patrouille sur le front de l’armée. Guynemer porte une première attaque sans résultat puis vers 9h 45 les deux pilotes abattent ensemble un avion allemand sur Barleux. De la Tour de son côté doit abandonner la poursuite d’un avion sur lequel il a tiré un disque de cartouches.

La journée du 7 août est assez active avec une quinzaine de sorties effectuées par l’escadrille. Guynemer en fait trois (9h 15-11h 15 ; 15h 15-17h10 ; 18h 40-20h 50). Lors de la dernière sortie il attaque ainsi que Heurtaux les tranchées au Nord de Clery à la mitrailleuse. Enfin les

8, 11, 12 et 13 août, en quatuor, en trio ou en duo la bande noire survole le front de l’armée, sans pouvoir conclure différents accrochages. Et pour finir le 16 août une patrouille de l’escadrille s’élance à 9 participants, mais à l’intérieur du groupe la Bande Noire vole de concert.

Heurtaux, Guynemer, Deullin, Benois, de La Tour, Bucquet, Raymond, Dorme, Lemaire: 7h 15, 9h 30. Ronde front de l'Armée. Région Péronne. Après avoir joué sa partition dans la patrouille collective, Guynemer reprend l’air avec Deullin (17h 15, 19h 15) selon la tactique qu’ils affectionnent en volant à des altitudes différentes : « Vus 3 avions boches dans la direction de Bapaume et plusieurs autres au ras du sol dans leurs lignes ».

17 et 18 août : 2 victoires. Sortie de Heurtaux, Deullin et Guynemer le 17. (9h, 10h 35). « Le sous-lieutenant Guynemer surprend un boche à 5 mètres, tire dessus, 2 enrayages sur 3 cartouches, l'observateur tué et l'avion pique fortement en dégageant une forte fumée sous le siège du pilote. Attaqué ensuite 2 LVG vers Montauban (de Picardie) 3 enrayages en 10 coups. Sans résultat. »

18 août. 14h, 15h 30: Sous-lieutenant Guynemer, Lieutenant Deullin. « Le lieutenant Deullin voit deux boches au-dessus de Péronne qui s'enfuient aussitôt. Le sous-lieutenant Guynemer attaque un Rumpler protégé par un Aviatik à 2.600m au Nord de la Somme. Tiré 2 balles à 30m, pilote probablement tué, appareil parti en vrille et s'écrase au sol à la lisière Ouest du bois Madame. L'aviatik s'enfuit. Enrayage après la 2ème balle. » 18h 40 – 20h 20 : Patrouille de la Bande Noire sur le front de l’armée.

« Le communiqué du 19 août a fait passer le sous-lieutenant Guynemer en tête de nos chasseurs d'avions, devant Navarre momentanément immobilisé, en annonçant qu'il a abattu son 13ème appareil ennemi le 17 août et son 14ème le lendemain » commente la revue l’Aérophile.

 

En un mois le palmarès s’est inversé et Guynemer ne quittera plus la position d’As des As. Et c’est une succession de 4 victoires obtenues dans des vols quasi quotidiens en septembre.Sa tactique ne varie pas : attaque commencée d’assez loin, souvent entre 200 et 150 mètres, puis le dernier assaut est donné, en général autour de 15-20 mètres si la mitrailleuse ne s’enraye pas. En cas de nécessité un repli dans l’angle mort —légèrement en arrière et en dessous de l’adversaire— permet de voir venir et de reprendre l’initiative.

escadriklle N 23

Famille de la Tour

Si l’on examine les combats victorieux (homologués et probables) de l’escadrille pendant ce mois d’août, Dorme est en tête (9 soit 5 et 4) puis viennent Guynemer (8 soit 3 et 5), Chainat (6 soit 3 et 3), Heurtaux (6 soit 2 et 4) de la Tour (5 soit 3 et 2) et Deullin (4 soit 1 et 3). Dorme a réussi à se glisser devant la Bande Noire dans laquelle Guynemer s’impose.

En Septembre l’agressivité de l’escadrille continue et Dorme reste en tête (14 soit 5 et 9), devant Guynemer (9 soit 4 et 5). Mais la combativité de Georges Guynemer ne supporte aucune comparaison : A chaque sortie il attaque, il attaque et il attaque …Même sans résultat. Et il sort chaque jour (sauf les 17, 19 et 20) et certains jours plusieurs fois. Cette hyperactivité sera récompensée de 3 victoires. Le 4 septembre: « Ronde Chaulnes - Péronne; attaqué un boche vers Brie, il pique. Attaqué 4 Rumpler accompagnant un LVG et d'un Aviatik vers Chaulnes. Abattu l'un d'eux vers Hyencourt ». Le 15 septembre: « Attaqué un Aviatik de chasse, tiré de face 20 coups. Attaqué 3 boches tiré l'un d'eux de très près. Il riposte (1 balle dans l'aile gauche). Attaqué un Albatros, tiré à 10m. Tué le passager. L'appareil parait désemparé mais se redresse après plusieurs tentatives ». La série atteint son apogée le 23 septembre avec une mission qui fera date :

« A 11h 20: abattu un boche près d'un drachen

A 11h 25: Fait atterrir un boche désemparé.

A 11h 30 Abattu un boche en feu.

A 11h 30 abattu moi-même par un obus français. J’écrase mon appareil. »

La Gloire, et après ?

Georges Guynemer est donc désormais en tête des As. Ses exploits ont fait la Une dès février 1916, d’abord sous la seule initiale de son nom « G »  « …Demain nous n'aurons plus assez de rubans pour récompenser ses exploits » concluait le journaliste. Le ton était donné et le style de maints articles restera sur ces hauteurs de vue! En passant par la case « grand-mère » le 4 février 1916. « Chez la grand'mère du héros du "Vieux Charles". Le Petit Parisien a relaté, le premier, les exploits du "Vieux Charles" et du héros qui le monte. Mais il ne nous a été permis qu'hier de révéler son nom: Guynemer. Nous l'avons dit: celui qui, du premier coup s'est classé comme l'émule des Garros et des Pégoud, est un tout jeune homme. Il a eu vingt et un ans à la Noël. Et voyez l'ironie de la destinée: il avait été ajourné comme inadapté pour l'infanterie, en octobre 1914! Heureuse inaptitude! Elle nous a valu un des meilleurs maîtres de l'air, un de ceux sur qui peut le plus compter notre cinquième arme. Le jeune Guynemer ne s'était pas découragé. Têtu comme ceux de sa race -il est breton- il s'était dit: "Puisque tu ne peux être fantassin, tu seras aviateur. Les ailes te porteront". C'est que le sergent Guynemer a de qui tenir!... Sa grand-mère que nous avons vue hier encore toute émue des félicitations qu'elle n’avait cessé de recevoir durant toute la journée, nous a tracé, à grands traits, la carrière très courte, et pourtant déjà si bien emplie, de celui qu'elle appelle "son Georges".

Mais auparavant elle nous a dit ce que furent les siens —des soldats aussi. Il y a quelques cent ans, au combat de la Bidassoa, l'arrière-grand-père du sergent aviateur, qui servait sous les ordres du général Hugo —immortalisé par le grand poète— fut lui-même décoré de la Légion d'honneur à l'âge de vingt-deux ans. Et cette coïncidence touchante ne valait-elle pas d'être signalée? La grand-mère du héros, après nous avoir rappelé ce fait, nous confia: "-Georges est le fils d'un capitaine, aujourd'hui retraité. Avant la guerre, il n'avait pour ainsi dire pas quitté ses parents, avec lesquels il habitait Compiègne. Il a fait ses études à Stanislas.

Entré à l'école d'aéronautique de Pau en octobre 1914 il reçut son premier brevet au bout de trois mois, et son brevet supérieur, au Bourget, en avril 1915. Il est au front depuis le mois de mai.

Que puis-je ajouter, monsieur? C'est un garçon très simple et très doux, plein d'énergie. Est-ce à moi de le dire? Vous me voyez très fière...

Et la grand'mère, redressant la taille, termina l'entretien sur ces mots. »

L’article ne lui plait que partiellement. Il doit apporter quelques précisions à son « portrait » le 20 dans une lettre à Mortane :

« Mon cher Mortane, … mon père n'est ni commerçant, ni industriel, ni capitaine en retraite; il est ancien officier démissionnaire. De plus j'ai 7 boches et non 6 car le 3 février j'ai livré 3 combats; un LVG a atterri précipitamment, un autre est tombé en vrille à 1.500m des tranchées, le dernier a dû s'abattre en face à 10km, … Bien à vous ».

La modestie n’est pas la vertu principale de ce courrier, d’autant plus que le 3 février ce ne sont que deux victoires officiellement homologuées et que la 7ème a été acquise le 5 février, deux jours plus tard.

Sa 6ème citation ne mentionne pas seulement les combats victorieux, mais aussi ceux dans lesquels son courage est manifeste. 6ème Citation à l'ordre de la 6ème Armée en date du 28 mars 1916 (n°311): "Sous-Lieutenant pilote à l'escadrille N.3. Le 6 mars 1916, a livré à un avion allemand un combat au cours duquel son avion, ses vêtements et ceux de son observateur ont été criblés de balles. Le 12 mars 1916, a attaqué un avion allemand biplace, et l'a abattu en flammes dans les lignes françaises. 21 combats aériens depuis huit mois, huit avions allemands abattus, dont sept à l'intérieur ou à proximité des lignes françaises."

« J'ai l'honneur de vous présenter le drapeau de l'aviation française, aux mains d'un vaillant entre les vaillants, le lieutenant Guynemer ». Un vaillant entre les vaillants… L’aéronautique a choisi son champion : le 13 mai 1916 il en sera le Porte-drapeau à Dijon. Qui aurait pu lui contester la place ? Navarre qui a une victoire de plus à cette date ? Mais son escadrille est moins glorieuse et son caractère en fait un personnage difficilement contrôlable malgré son aura acquise à Verdun. La N 3 compte 20 victoires collectives, son chef d’escadrille, Brocard, a 2 victoires personnelles, Georges affiche 9 victoires. « Levez vos fronts vers ses couleurs. Elevez vos âmes jusqu'à ses gloires. Haussez vos coeurs à ses espoirs et voyez luire à travers ses plis glorieux la victoire de nos armes… »

Il tient son rang avec sa 10ème victoire et la citation à l'ordre de la 2ème Armée en date du 25 mai 1916 : « Le sous-lieutenant Guynemer désigné pour rejoindre l'armée de Verdun, a abattu un avion ennemi en cours de route. A peine arrivé, a livré successivement cinq combats aériens, au cours du dernier, aux prises avec deux avions ennemis, a eu le bras gauche traversé de deux balles. A peine guéri a repris son service sur le front. ». Pour les 13ème et 14ème, le Petit Journal lui décerne le « record de l’abattage des avions boches ».

A partir d’août 1916, sauf exception, les citations se suivent et se répètent, et le rédacteur est à court de qualificatifs originaux  Brillant pilote de chasse…. belle ardeur [au] combat:… Pilote de chasse incomparable…. Pilote de combat incomparable….a abattu son Xème avion ennemi…

Le storytelling continue, Mortane le rédacteur de « La Guerre Aérienne Illustrée » n’est pas le dernier. 23 septembre 1916. "L'oeuf à la coque" à la Guynemer. [25 bis ECPAD 2093]. Deux Boches s'écartaient en le voyant arriver. L'autre Français était dégagé et Guynemer commençait son travail. Tel un géant armé d'une énorme hache qui taillerait en pièces un régiment de Lilliputiens, il tirait quelques balles de mitrailleuse et, coup sur coup, en moins de trente secondes, selon lui, il expédiait au sol deux adversaires en flammes. Le temps de reprendre un peu d'altitude pour rejoindre le troisième en fuite, et deux minutes ne s'étaient pas écoulées que celui-ci recevait une décharge: à la seconde balle, il explosait en l'air pour tomber pulvérisé. Le chronométrage exact de l'exploit était le suivant:

1er Boche, 11 heures 22 minutes.

2e Boche, 11 heures 22 minutes 30 secondes.

3e Boche, 11 heures 25 minutes.

Les temps sont certifiés par le héros lui-même. C'est ce que nous appellerons l'œuf à la coque à la Guynemer: vous mettez un œuf dans l'eau bouillante, vous attendez que Guynemer ait abattu trois ennemis, vous retirez l'œuf. Il est à point! » Pour ces 17ème et 18ème victoires la citation à l'ordre de la 6ème armée ne viendra qu’un mois plus tard en date du 28 octobre 1916 (Ordre n°407): "Guynemer Georges, sous-lieutenant, pilote à l'escadrille N.3: Le 23 septembre 1916, apercevant un groupe de trois avions ennemis soumis au feu de notre artillerie spéciale, leur a résolument livré combat, a abattu deux de ces avions et a mis le troisième en fuite; a reçu à ce moment, dans son avion, un obus de plein fouet et n'a pu qu'au prix de prodiges d'adresse regagner nos lignes ». Ces «prodiges d’adresse» cachent une chute de 3.000 mètres due à la batterie anti-aérienne française qui a atteint son Spad pendant le combat. « J’ai ruminé pendant 3.000 mètres de dégringolade la meilleure façon de m’emboutir. » Une contusion au genou et 24 heures d’inconfort post-traumatiques… C’est finalement peu de chose comparé à l’aventure. » Sauvé par la solidité du Spad et celle de son harnais.

La notoriété n’empêche pas Guynemer de poursuivre son travail pendant le dernier trimestre 1916 même si le nombre de missions et de victoires ralentit. 

Octobre 1916 : 10 sorties : Pas de victoire officiellement reconnue avant le 10 novembre. 15 sorties, 5 victoires en novembre. 6 sorties, 2 victoires en décembre. Il clôture l’année avec 25 victoires. Il peut se permettre presque tout tant qu’il continue à aligner les victoires. Qu’il se présente à la RGA avec plusieurs jours de retard n’est considéré que comme une peccadille…qui aurait valu à un autre le conseil de guerre. Qu’il rapporte chez lui des trophées et n’hésite pas à les exhiber en photographie est toléré en contradiction aux ordres formels. Lorsqu’on totalise 25 victoires sur les 90 de son escadrille, loin devant Dorme (16 victoires) et Heurtaux (15 victoires) on peut se le permettre…

Les honneurs continuent. Le 4 janvier 1917 il reçoit la Médaille d’or de l’Aéroclub au cours d’un repas auquel il assiste. Le 15 janvier 1917 c’est le Grand Prix de l'aviation qui lui est attribué. Dans la séance du 15 janvier 1917, l'Académie des sports a décerné à l'unanimité son Grand Prix de 10.000 Fr. pour 1916 (Fondation Deutsch de la Meurthe) au lieutenant Guynemer, chevalier de la Légion d'Honneur, décoré de la Médaille militaire, titulaire de la Croix de Guerre avec un très grand nombre de citations. « A abattu 25 avions ennemis grâce à une habile tactique personnelle mise au service d'un admirable courage ».

10.000 Fr. Les questions d’argent restent discrètes, mais réelles dans l’aviation. Georges Guynemer aurait fait don de cette somme à une œuvre de charité… Et aucune information fiable n’a filtrée sur d’autres gains possibles : ceux des missions spéciales… ceux du « Million Michelin »,… ceux des primes offertes après les victoires. D’autres pilotes moins talentueux et moins « capés » ont été nominés (Coadou ou de Guibert par exemple), bien que cela ne constitue pas une motivation, ni une récompense, juste une reconnaissance. Pour lui ou ses amis…Il reprend Mortane dont un article concernant de la Tour lui paraît erroné.

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«  Mon cher Mortane, En permission de 24h je lis votre article du 18 janvier. Vous faîtes observer que le lieutenant de la Tour n'a abattu que 6 avions. Le communiqué n'a pas besoin d'être repris et il est étrange de le suspecter surtout quand l'explication est si simple: le lieutenant de la Tour avait abattu 5 avions et 2 saucisses à l'époque où celles-ci n'étaient pas assimilées à des avions. Il est donc naturel qu'à sa victoire suivante elles lui aient été comptées. Votre documentation est donc un peu légère. Croyez à mes sentiments les meilleurs. »

Janvier 1917 : 5 victoires avant que le 28 janvier 1917 l’escadrille se déplace à Manoncourt-en-Vermois pour participer à la défense de Nancy régulièrement bombardée. Et avec 30 victoires il ne veut rien lâcher.  Il défend sa position d’As des As même s’il doit écorner l’as du fair-play. Le Cahier des vols est là pour en témoigner (8 février).

Rapport de Chainat, 10h 40 à 11h 35. « Départ à vue sur une dizaine se Boches, rejoint avec le lieutenant Guynemer le dernier du groupe, lequel le lieutenant Guynemer attaque et tire un petit nombre de cartouches. A mon tour j'attaque. Je tire une première fois trois cartouches et seconde de même après m'être écarté pour désenrayer, je reviens, je commence à tirer environ plus de 200 cartouches; le boche continue de descendre et atterrit à Bouconville. »

Rapport de Guynemer. « Pris en chasse depuis le terrain un triplace rejoint vers Toul. Tire deux rafales courtes et un coup isolé à 10m par suite d'enrayage. Le moteur gauche cale et les boches font camarades. A ce moment un Spad attaque et par suite me force à partir. Le boche atterrit à Bouconville. »

Cette victoire sur un Gotha est donc également revendiquée par Chainat. Cette double revendication donne lieu à de « vifs échanges ». La victoire sera comptée à Guynemer au grand dam de Chainat qui sera écarté et dirigé sur la maison de repos de Viry-Châtillon. Guynemer essayera de redresser la barre en racontant le combat à Mortane :… « Avec Chainat, je suis tranquille, c'est un équipier de tout repos, hardi, adroit et plein de sang-froid... Nous envoyons des bandes complètes, nous parvenons à éteindre le tir ennemi, et nous obligeons l'aérobus dont nous avons crevé le radiateur à se poser dans nos lignes à Bouconville où les trois passagers sont prisonniers... » Le Gotha sera exposé à Nancy. Et fera l’objet de cartes postales.

Pendant le mois qui suit, aucune victoire

Il pose dans le studio de Farré. Circonstance atténuante : tous les pilotes de la 3 posent pour Farré, élu comme peintre officiel..

A la même époque Emilienne Moreau —l’héroïne de Loos— pose également pour Farré dans son studio. Elle n’y est pas seule : Guynemer en profite pour la photographier. Photographie qu’il distribuera à quelques amis. A l’arrière-plan l’esquisse du portrait de Georges…

Emilienne MoreauOn pourrait disserter autour de cette photo .—une rare photographie de femme par Guynemer puisqu’aucune ne figure dans son album– sur les fréquentations féminines de Georges. Bien sûr il y a cette demoiselle Madeleine Gambet de Rouen qu'il « embrasse sur les deux joues » en novembre 1916, mais a-t-il rencontré cette marraine ? Yvonne Printemps avec laquelle il aurait gouté au « doux parfum du péché » a-t-elle eu la place qu’on lui prêtera ?  Guynemer rencontre Victorine Renouardt connue sous le nom de Jane Renouardt au cours d'un repas organisé par un jeune ingénieur de chez SPAD Maurice Lartigue, chez Maxim's le 20 mars 1917 Oui mais...Sans parler des gentilles infirmières nipponnes, ni de mesdemoiselles de Saint-Maurice, Perrinin, de Larnage, Jugnier et Lanthéaume infirmières photographiées dans la Somme, ni des actrices du Théâtre aux armées venues distraire les aviateurs en Lorraine. De Chavagnes en 1920 ira au bout du délire… « Le «Gosse», ainsi que ses camarades l'appelaient familièrement à l'Escadrille, avait une maîtresse qu'il trouvait la plus belle de toutes. Il l'adorait, bien qu'elle n'eût rien qui semblât justifier une telle passion. Un jour, il se présenta chez elle à l'improviste et eut la stupéfaction de la trouver aux soins d'un médecin et d'une sage-femme, appelés en hâte pour l'assister dans ses couches. Notre héros ne s'était aperçu de rien; au moins put-il se dire qu'il battait, sans contestation possible, après tant d'autres, le record de la distraction ».

Guynemer alors convalescent de sa blessure reçue en mars. Avec sa voiture Sygma, il est en visite auprès d’officiers de l’escadrille C 43, au 21 rue de l'abbé Corson à Sacy-le-Grand.

Il se fait offrir une voiture de sport construite spécialement à deux exemplaires…Il n’a pas le permis…Ce qui ne l’empêche pas de sillonner les avenues parisiennes. La hiérarchie passe sur son altercation avec des gendarmes. (11 mai 1917). Il se fait offrir une montre…Comme beaucoup de pilotes que les horlogers jurassiens veulent honorer. Il pose pour un portrait par Louise Catherine Breslau. Mais c’est pour une bonne cause. « Le capitaine Guynemer a autorisé, au profit exclusif de la Ligue fraternelle des enfants de France, la reproduction en gravure du beau pastel qu'a fait de lui Louise-Catherine Breslau. On trouve cette reproduction au siège de l'Oeuvre, rue Saint-André-des-Arts, 50 et chez les principaux marchands de gravure ». (27 mai 1917). Et quand il survole les Champs Elysées en juillet, au mépris des règlements, la hiérarchie s’apprête à sanctionner le fautif, mais recule devant l’As.

Surmenage.

Le Spad-canon est la grande affaire, sa grande affaire de ce début 1917.

 

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Inspiré par diverses expériences, dont celle des Voisin-Canon, l’idée de cet armement tirant dans l’axe n’est pas l’apanage du seul Guynemer, mais il pourra en imposer l’idée au constructeur du Spad, l’ingénieur Béchereau, et obtiendra d’en suivre la conception. Dès lors il se partage entre les missions —qu’il accumule— les séjours à Paris —où il descend au Georges V— pour surveiller son « Pétadou » et gouter aux charmes la Vie Parisienne. Lorsqu’il n’est pas dans la capitale, il donne ses directives à Béchereau à travers divers courriers.

« Sur le canon, il faudrait 40 litres d’essence de plus, car avec le 140HP poussé, le réservoir st déjà un peu jeune. Je crois que la meilleure solution serait de garder le réservoir actuel et de mettre un réservoir supplémentaire (de 40 l derrière le pilote ou deux réservoirs de 20 litres à droite et à gauche devant lui. Solution analogue sur monoplace de chasse Albatros). …Les deux réservoirs avant auraient l’avantage de ne pas décentrer l’appareil…Je voudrais bien vous voir mercredi à propos de tout cela… A bientôt donc. Mille amitié ».

Les premiers essais du Spad Canon se dérouleront du 17 Mars au 8 Avril 1917, et en parallèle Guynemer pilote son Spad traditionnel.

16 Mars 1917 : 32ème, 33ème, 34ème victoires, -Guynemer abat un avion non identifié à 9h08, un Rumpler à 9h30, un Albatros biplace à 14h30. Après le front de Nancy « assez tranquille » l’escadrille doit participer à l’offensive du Chemin des Dames depuis le terrain de la Bonnemaison près de Lhéry (du 26 mars au 11 juillet). Son état d’esprit, ses actes, ses photos témoignent d’une espèce de bipolarité passant de l’hyperactivité à l’abattement.

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Au cours du seul mois de mai 1917, il abat sept avions allemands en ayant volé 26 heures en seulement 5 journées (2, 3, 4, 25, 26 mai). [039-013-SHD-A-F] La journée du 25 constitue en ce sens un apogée assez inimaginable.4 victoires :

5h 45 à 7h 45 « Abattu un biplace en feu avec le capitaine Auger ». 2 heures de vol depuis 8h le matin. 4 combats. « Abattu un biplace à 8h 30 qui perd une aile et s'écrase dans les arbres à 1.200m Nord-Nord-ouest de Cachy. A 8h 31 abattu un biplace en feu vers Goslinea. Fait piquer avec le capitaine Auger un biplace jusqu’à 500m ». Nouveau départ à 11h 45 pour 40 minutes. « Abattu un DFW [Deutsche FlugzeugWerke] en feu à Courlandon ». Vol de 15h à 16h30: RAS. « Vol Bonnemaison Buc. Essais à Buc pendant deux heures. Retour ».

Ce jour de victoires est endeuillé pour l’escadrille : Le « Père Dorme » n’est pas rentré après avoir accumulé 23 victoires.

Heurtaux blessé le 5 mai.

Sanglier mort le 10 mai.

Guiguet blessé le 23 mai.

Dorme abattu le 25 mai.

La tristesse s’abat sur la 3.

Sursaut de Guynemer qui, le 5 juin, abat 2 avions allemands et sera nommé Officier de la Légion d'Honneur avec une citation à l'ordre de l'armée en date du 11 juin 1917

(Ordre n°5142 D): "Officier d'élite, pilote de combat aussi habile qu'audacieux. A rendu au pays d'éclatants services, tant par le nombre de ses victoires que par l'exemple quotidien de son ardeur toujours égale et de sa maîtrise toujours plus grande. Insouciant du danger, est devenu pour l'ennemi, par la sûreté de ses méthodes et la précision de ses manoeuvres, l'adversaire redoutable entre tous. A accompli, le 25 mai 1917, un de ses plus brillants exploits en abattant en une seule minute deux avions ennemis et en remportant dans la même journée deux nouvelles victoires. Par tous ces exploits, contribue à exalter le courage et l'enthousiasme de ceux qui, des tranchées, sont les témoins de ses triomphes. Quarante-cinq avions abattus, vingt citations, deux blessures."

45 victoires officielles. 27 probables

Bien qu’il sache que le général Franchet d’Esperey doit lui remettre les insignes d’officier de la Légion d’Honneur ce 5 juillet 1917, il décolle le matin pour un premier vol d’une heure quarante-cinq puis pour un deuxième d’une heure pour « offrir un avion à ma mère » selon ce que rapporte Edmond Jeandet qui aurait assisté à l’engueulade que lui passe Brocard. Mais que vaut le témoignage de Jeandet qui attribue à cette sortie une victoire ?… Seul le nom de Guynemer est porté ce jour dans le registre pour deux vols en Spad-canon… Dont le deuxième se traduit par 5 balles reçues dont 2 dans le radiateur, le reste dans les montants. Mais pas de victoire.

Les Spad sont alignés. Les pilotes du Groupe de Combat sont alignés. L’étendard est derrière lui. Le général lève son sabre.

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Il a la « une saint frousse » écrira de La Tour —son « vénérable grand-père »— en commentaire de la photo de l’adoubement.

Il est en tout cas très fatigué, et le porte sur son visage même s’il fait bonne figure avec sa famille qui a été invitée pour l’occasion et retrouve son entrain pour présenter son Spad-canon au général.

image 153 MINIMais…«ça ne colle pas fort, fort » écrit De la Tour sous la photo.

C’est le moins que l’on puisse dire. « Claqué » commentera-t-il encore. Mais dès le lendemain, habité par cette force qui confine à l’hyperactivité d’une fuite en avant il reprend l’air par deux fois. Premier vol de 2 heures: Combat contre 5 biplaces. « Abattu un DFW en feu vers 10h 55 ».

Second vol: une heure trente. « Combat contre un Albatros mono gris à banderoles rouges ». Son état physique et psychologique ne l’empêche pas d’abattre des adversaires. 7 juillet: deux nouvelles victoires dans une patrouille de deux heures dix avec Bozon-Verduraz. Et un vol dans l’après-midi signalé RAS.

Mais le 13 juillet, il doit quitter le front, victime d'un officiel « début d'empoisonnement » que d’aucuns qualifient de bronchite et lui-même d’angine. Excès de tension et de fatigue…qui cache un type de dépression pour lequel il sera évacué à l'hôpital. Mais 10 jours peuvent-ils suffire à soigner —guérir— un mal qui s’installe déjà profondément ? Le 27 juillet, la première victoire sur son Spad-canon vient récompenser son opiniâtreté, l’encourage à redoubler d’activité. D’une boite à mitraille et de 8 cartouches il abat un Albatros lors d’une ronde avec Deullin. Puis le lendemain selon le même procédé, avec Bozon-Verduraz il abat un DFW. Après cette 50ème victoire, le Spad canon touché doit partir en réparation et Guynemer en permission.  La première semaine d’août est par ailleurs une semaine où personne ne vole à l’escadrille. Le 12 août l’escadrille Spa 3 s’installe à Saint-Pol sur Mer.

Sur le Spad canon réparé Georges s’octroie deux victoires le 17 août : Un biplan Albatros à 9h 20, un DFW qui tombe en vrille à 9h 25 sous le coup d'une boite à mitraille.  20 août. « Abattu un DFW en feu vers Poperinge ». Fin août début septembre il bénéficie d’une permission qu’il va passer en famille et en partie à Buc pour surveiller les travaux de son Pétadou qui doit encore être réparé. De retour le 5 septembre Guynemer est nommé à la tête de l’escadrille en remplacement de Heurtaux blessé, mais il n’en apprécie guère les contraintes administratives. Cinq heures trente de vol et des combats sans résultat n’améliorent pas son état.

Le combat de trop.

10 septembre. Cette journée avec ses trois départs est caractérisée par une boulimie de vols et un manque de lucidité patent. Le premier vol est rapidement terminé sur une panne de pompe à eau qui l’oblige à atterrir sur un terrain de l’aviation belge.guynemer 10 sept 17 v

Une réparation improvisée lui permet de rejoindre Saint-Pol où il s’empare du Spad de Deullin. Engageant le combat contre un allemand, une balle l’oblige à atterrir, hélice bloquée et à rentrer… à pied… Empruntant alors un troisième appareil, le Spad de Lagache, il décolle et doit … revenir pour un troisième atterrissage forcé.

11 septembre. Le registre des vols de l’escadrille, difficile à lire, porte: Lagache : 9h - 9h 15. 15mn. 1764. Panne de pression. Gaillard, Risacher, De Marcy: Départ à 8h35, retour à 11h 40. Grosse activité boche. 3 boches sur la forêt d'Houthulst s'enfuient notre approche. Bozon Verduraz. 8h 25, 10h 25. Attaque 2 bipl à 9h 25. 7 biplaces à 10h 20.

Parti avec le capitaine Guynemer qui n'est pas rentré.

De Marcy, Gaillard. 14h 40-16h 40. Patrouille haute. Bozon-Verduraz, Risacher. 15h 15 à 17h 00. Attaque 1 biplace sur Woertern, lui tire 30 cartouches à bout portant. Le mitrailleur parait touché. Nous le poursuivons, l'appareil pique et dégage une fumée blanche. Interrompu le combat sur la corne Ouest de la forêt d'Houthulst. Apparaissent 3 mono qui nous empêchent de le suivre jusqu'au sol.

 Morane Type L Guynemer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

GUYNEMER devant MS Type L Brocard

Georges Guynemer et Antonin Brocard — les deux premiers pilotes victorieux de l’escadrille— posent devant un Morane-Saulnier « Parasol ».

 

 

 

 Guynemer et guerderAprès leur première victoire, Guynemer a enlevé sa combinaison de vol pour une photo avec Guerder devant leur Morane-Parasol

A MS parasol mitrailleuse guynemer

Bien que ce soit Guerder qui serve la mitrailleuse en vol, c’est Guynemer qui en fait ici la démonstration. Le support télescopique est une invention de Guerder qui permet de tirer par-dessus l’hélice.

 

Guerder mécanicien, Guynemer, pilote

Guynemer

Quelques jours après avoir reçu la médaille militaire et la Croix de Guerre, Guynemer est revenu poser avec les hommes du 301ème Régiment d’Infanterie avec lesquels il avait déjà posé le 19 juillet, mais sans décoration.

 

Guynemer Vieux Chrles Bonnard escdrielle ms 3Georges Guynemer devant le côté droit du Nieuport X du Sergent Armand Bonnard qui lui a été attribué

 

 

 

 

 

 

 

 

 shd NIEUPORT guynemer

 

 014 NIEUPORT X Vieux Charles III CRDIT GAUBERT

BROCARD MINI2 Février 916. Guynemer et Brocard exhibent leurs décorations respectives. Neuf ans d’écart entre le chef d’escadrille et son meilleur pilote.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SHDAI AI 6 FI B77 1157 0001 4 OK miniLa combinaison fourrée qui vient compléter le ou les pulls eux-mêmes recouvrant une couche de papier journal donne à Georges une silhouette peu en rapport avec sa corpulence réelle.

Georges Guynemer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SHDAI AI 6 FI B87 7134 0001 4 OK mini

Abattu le 13 mars 1916. Recevant les premiers soins à Brocourt en Argonne, Georges fait bonne figure et les auxiliaires médicaux n’ont pas l’air très inquiet. Il sera ensuite évacué à l'ambulance japonaise de l'hôtel Astoria.

 

 

 

 

 

SHDDE DE 2007 PA 153 5 0001 4008 OK mini

Les mécaniciens de l’escadrille 3 présentent leur travail. A droite un mécanicien répare un réservoir, un autre présente une hélice. Au centre le pochoir destiné à marquer les avions. A gauche, portant un gilet un peu incongru un « technicien » présente les fusées Le Prieur destinées à l’attaque des drachen


 guynemer heurtaux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

guynemer la bande noire

Le maréchal French félicite la Bande noire. De dos, de gauche à droite Guynemer, de La Tour, Heurtaux et…les pieds de Deullin.

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CH Tollet Guynemer006 ok MININieuport 17 N1530 "Vieux Charles" (5e du nom) Août 1916

 

 

 

 

 

guynemer

 Georges Guynemer surpris par l'opérateur pendant une mise au point de son SPAD (15 septembre 1916 à Cachy). Le triangle est le signe distinctif de la bande noire.

 

guynemer

 Georges Guynemer devant son premier Spad VII n°115.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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 escadrille SPA 3

 Au premier plan le Spad 113 De Heurtaux. En arrière plan: 4- Houssemand, 5- Bucquet, 8- Guiguet


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Guynemer escadrille Spa 23

 « Levez vos fronts vers ses couleurs. Elevez vos âmes jusqu'à ses gloires. Haussez vos coeurs à ses espoirs et voyez luire à travers ses plis glorieux la victoire de nos armes… »

 

 

 

 GUYNEMER ET TENANT DE LA TOURMathieu Tenant de la Tour et Georges Guynemer l’air grave, s’entretiennent lors de la bataille de la Somme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Guynemer Clémrnceau

 Visite de Clémenceau

 

 

 

 

 

 

Ch Tollet Guynemer

Ch Tollet Guynemer003 MINI

Albatros C abattu le 26 janvier 1917. 30e victoire de Georges Guynemer et 94e victoire de l’escadrille 3.

 

 

 

 

 

 

 Portrait de guynemer par farréPhoto de Georges Guynemer posant dans le studio du peintre Henri Farré. Janvier 1917

 Guynemer par Farré

 

 

 

   voiture Sygma Guynemer

 

 guynemer devant sa voiture sygma

 

 

 portrait de guynemer

 Photo dédicacée à Mathieu Tenant de La Tour qu’il appelle son vénérable grand-père. En légende de cette photo, Mathieu de La Tour dans son album photo écrit : « Mon petit-fils dont j’étais rudement fier et que j’aimais comme un petit frère ».

 

 Guynemer Vitalis 1917L’As des As Georges Guynemer et l’As des mitrailleurs Gaston Vitalis (7 victoires) posent ensemble au printemps 1917

 

Guynemer après sa victoire

Tout sourire après sa victoire, Guynemer est entouré de ses camarades du Groupe de Combat venus l’accueillir à sa descente d’avion. De gauche à droite : Deullin, Guynemer, de la Tour, Barbey, Gigodot, Constantinovitch, Schmitter, Billy, Dezarrois

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le rapport de Bozon-Verduraz apporte quelques informations supplémentaires : « A 9h 25 attaquons avec le capitaine Guynemer un biplace sur les lignes au-dessus de Poellecappelle. Fait une passe et tiré 30 cartouches. Pendant que le capitaine poursuit le combat je suis obligé d’interrompre pour surveiller 8 monoplaces. J’attaque. Depuis je n’ai plus revu le capitaine Guynemer. A 10h 20 attaque un biplace chez nous au-dessus de Poperinge à 3.900. Tiré 10 cartouches à bout portant de face. Mitrailleuse s’enraye. Impossible de la désenrayer. Poursuit le boche parallèlement qui revient ensuite sans être inquiété. »

Identifié par la carte d’identité qu’il portait sur lui et que les journaux allemands ont reproduite, les circonstances de sa mort restent imprécises. A-t-il été enterré sur place ? Son corps a-t-il été transféré à Bruxelles ? Le furieux bombardement de la région l’a-t-il enseveli, son corps ainsi que son avion ?

Il est annoncé officiellement disparu par le ministère de la Guerre, le 25 septembre 1917.

Et l’on dit aux enfants qui interrogent que  Guynemer est monté si haut qu’il n’a pas pu redescendre et est resté au ciel.

identit

[1] Bas de Cuir est un héros de James Fenimore Cooper


 Retour à Georges Guynemer

Georges Guynemer  

bozon verduraz escadrille spa 23Benjamin Bozon-Verduraz, dernier équipier de Georges lors de sa dernière mission. 8 victoires à la N 3, 3 à la Sa 94 dont il a été nommé chef d’escadrille le 5 juin 1918