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Avions blindés

 

 10ème armée, Commandement de l'Aéronautique. Décision du 7 août 1916, N° 4442 SA
Note du GQG N° 3059 du 5 août 1916.

"A partir de ce jour, les avions neufs G-4 blindés ne seront délivrés aux escadrilles que sur l'ordre du Commandant de l'Aéronautique aux Armées.
En conséquence les demandes de remplacement d'avions G-4 devront toujour indiquer si l'avion demandé doit être du type ordinaire ou du type blindé."

10ème armée, Commandement de l'Aéronautique. Décision du 29 août 1916, N° 4763 SA

Note du GQG N° 20015 du 26 août 1916.

"Il ressort de l'enquête de l'inspection du matériel qu'un avion blindé G-4 a été envoyé sur le GDE parce que le commandant de l'escadrille estimait qu'il n'était pas aussi maniable qu'un avion G-4 ordinaire.
Cet avion essayé au GDE par plusieurs pilotes, avait un réglage très satisfaisant, et les moteurs vibraient quelque peu mais sans exagération.
Le ravitaillement en avions neufs ne sera bientôt plus possible si tous les avions en service présentant des défectuosités analogues sont systématiquement évacués.
Les avions dont le réglage laisse à désirer doivent être confiés à l'équipe de régleurs du Parc et il appartient à l'Adjoint Technique de décider l'évacuation d'un avion dont le réglage n'est pas satisfaisant."
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REPUBLIQUE FRANCAISE
Ministère de la guerre
Commandes d’appareils pour le 1° semestre 1914
Paris le 24 novembre 1913
LE MINISTRE DE LA GUERRE
A M. le Colonel Inspecteur permanent, P.I. de l’aéronautique militaire.
PARIS.
Par lettre n° 273 du 8 octobre 1913, vous m’avez transmis le procès-verbal de la séance tenue le 26 septembre 1913 par la Commission chargée d’établir le programme des achats d’avions pou le 1er semestre 1914.
J’ai l’honneur de vous faire connaître qu’en ce qui concerne les achats afférents à la constitution des escadrilles les propositions de la Commission sont modifiées de la manière suivante :
A.- ESCADRILLES DE BIPLANS.
Il sera constitué, comme le propose la commission deux nouvelles escadrilles VOISIN ce qui, compte tenu de la suppression de l’escadrille BREGUET, portera à la fin du 1° semestre 1914 le nombre des escadrilles de biplans à 13 savoir :
4 escadrilles Henri Farman
5 escadrilles Maurice Farman
2 escadrille Caudron
3 escadrilles Voisin.
Mais il ne peut être question à l’heure actuelle d’organiser une escadrille de mobilisation avec des appareils blindés, type DORAND dont les essais ne sont pas encore suffisamment confirmés.

Note du 23 aout 1914 annonçant la construction d'un appareil DEPERDUSSIN 160 chevaux blindé, armé.

"Prêt vraisemblablement dans trois semaines."

Un Blériot blindé est construit à titre d'essai par Bleriot et l'Armée d'Alsace en demande l'affectation le 17 août 1914
(Lettre de Bellenger)

Le 28 août, pour renforcer les moyens aériens de la IVème armée, Jules Védrines et son Blériot blindé 160 ch sont affectés à l'escadrille DO 22. Cet avion, équipé d'un moteur Gnôme de 160 ch, est destiné à l'attaque des dirigeables.

Témoignage de Louis Damidaux, Affecté à la V 14
« Dès la déclaration de guerre, le 3 août 1914, nous sommes partis avec nos pilotes chez Voisin à Issy-les-Moulineaux.
Chose rarissime : nous avons traversé seuls la cour de la gare de l’Est dont les grilles étaient fermées !
Nous avons pris possession de nos Voisin avec moteur Canton-Unné de 120 CV, portés par la suite à 160, afin de monter plus haut « because » D.C.A. Sur chacun d’eux, nous avons fixé une plaque de blindage, en dessous de la carlingue.
La dite plaque fut enlevée par la suite vu son poids excédentaire. Sur ce terrain d’Issy les Moulineaux, il y avait 4 avions. Gabriel Voisin a recommandé aux pilotes de rester en groupe en volant au-dessus de Paris : « Les parisiens enthousiasmés à cette vue concluront que nous allons reprendre l’Alsace et la Lorraine ! ! Vous les mécanos, n’ayez pas peur d’avoir la burette à la main et tout ira bien »… ! ! !»
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Les avions blindés
Après avoir constaté que nous n’avions pas d’avions blindés, M. Reymond nous a dit que ces avions blindés ne représentaient pas de très grands avantages . Nous voyons cependant quant à nous, qu’il est nécessaire d’avoir des avions blindés qui pourront plus surement étant à l’abri des balles ennemies, servir aux missions de reconnaissance.
M. Gaudin de Villaine –Pourquoi n’en avons-nous pas ? Les Allemands en ont bien !
Le ministre –Nous ne le savons pas.
M. Gaudin de Villaine –Si
Le ministre –On ne peut pas affirmer que les Allemands en aient.
M. Gaudin de Villaine –Je vous affirme qu’ils en ont.
Le ministre –Ils se préoccupent d’en avoir, mais il n’est pas prouvé qu’ils les aient à l’heure actuelle.
Les études allemandes relatives aux avions blindés se poursuivent dans le plus grand secret à Doeberitz et personne, je le répète, ne peut affirmer aujourd’hui que les Allemands aient des avions blindés.
Dans tous les cas, ce que je tiens à dire, c’est que nous avons conclu avec un certain nombre de maisons des marchés conditionnels pour la fourniture d’avions blindés. J’ajoute que nous en avons actuellement un construit par le commandant Dorand qui parait donner toute satisfaction.
D’ailleurs, pour répondre aussi à des observations qui tendaient à prouver que nous n’avons pas expérimenté nos avions, et que nous n’avons pas songé à constater els dégats qu’ils sont susceptibles de produire, nous pouvons dire qu’au Maroc les avions ont rendu à cet égard, des services appréciables. C’est ainsi, notamment, qu’à Tadla ils ont incendié des villages et rendu des services à la colonne du général Mangin.
Nous avons enfin un autre type d’appareils, un type de destroyer, c'est-à-dire blindé et armé, et bientôt, nous aurons un autre type de ce même avion. Nous allons procéder é l’expérimentation de ce destroyer avec toutes les précautions nécessaires, et j’espère que si, comme nous le supposons, les résultats sont satisfaisants, nous pourrons bientôt commander un certain nombre de ces destroyers, qui seront appelés à la fois par leur rôle offensif et leur puissance défensive, à rendre les plus grands services.
Le comte de Treveneuc –Il semble tout à fait inutile de dire cela.
Le ministre –On nous a reproché de ne pas avoir des avions suffisants. Je réponds que nous faisons des études.
M. Gaudin de Villaine –J’ai dit que les Allemands en avaient.
Le ministre –Puisque je parle des appareils, je veux dire un mot de ceux qui ont été achetés avec les fonds provenant de la souscription nationale.(Mouvements divers)

Discours de M. Noulens, Ministre de la guerre le 10 janvier 1914.
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La question des avions blindés soulevée par le sénateur Reymond (janvier 1914), qui finalement pense que l’aviation n’en a pas besoin, rebondit et correspond aux craintes dues à la vulnérabilité face aux tirs venus du sol.
Plusieurs constructeurs ont étudié, élaboré, des modèles qui cependant ne s’imposeront pas. Et aucun ne sera adopté.

Lors de l’Exposition Aéronautique du Grand Palais de 1911 c’est le stand Morane-Saulnier qui s’attire le succès avec un monoplan blindé dit monoplan de guerre.
Pour l’édition de 1912 ce sont Borel et Blériot qui présentent des avions blindés, celui de Blériot « a fait l'admiration de nombreux officiers ».

Le nouvel avion de guerre Blériot.
« Louis Blériot présente cette année un nouvel appareil de guerre à 2 places, côte à côte, destiné aux reconnaissances à grand rayon d'action et capable d'emporter les approvisionnements nécessaires pour quatre heures de vol.
Il est muni d'un moteur Gnome de 80 HP, et la vitesse prévue est d'environ 120 kilomètres à l'heure. Les commandes de manœuvres sont semblables à celles des autres monoplans Blériot.
Grâce aux ailes reculées, la visibilité est très grande; le pilote et le passager, étant très près du moteur, peuvent voir jusqu'à l'aplomb de l'avant des ailes.
L'appareil est blindé par une ceinture en acier spécial trempé, protégeant le pilote et le passager, et résistant à 500 mètres à la balle du fusil. Les formes rondes de l'appareil diminuent, d'autre part, la vulnérabilité.
Cet appareil se compose:
1° D'une coque uniforme en liège agglutiné, entre des spires de toile collées; sa longueur est de 8 mètres 90.
2° A l'avant, une tôle très puissante, à demeure sur l'appareil, ferme l'avant et reçoit le groupe propulseur.
3° Le châssis d'atterrissage est fixé d'une part à cette tôle et, d'autre part, une quille inférieure très puissante reliée aux attaches arrière d'ailes.
4° Le tube avant d'aile est solidaire de la tôle.
5° La voilure comprend deux ailes et l'empennage arrière, la surface alaire étant de 25 mètres carrés.
De cette manière la coque est entièrement suspendue après l'ensemble de l'appareil (tôle, tubes d'ailes et châssis), de sorte qu'elle n'entre que pour très peu dans la solidité intrinsèque de l'appareil.
Deux autres particularités de ce nouvel appareil, c'est d'abord que le groupe moteur est interchangeable et démontable en 5 minutes; puis, la souplesse extrême du châssis d'atterrissage, grâce à un amortisseur à air comprimé freiné par de la glycérine…
Malgré tout, Louis Blériot a tenu à demeurer fidèle à la conception qui fut toujours la sienne, d'un appareil excessivement léger, -conception qui, disons le en passant, est reconnue de plus en plus comme la seule juste, la seule capable de faire réaliser de véritables progrès en aviation. Alors que le poids à vide du biplace est de 300 kgs, le nouvel avion blindé pèse à peine 375 kgs. »
(L’Aéro, 30 octobre 1912)

La mise au point et les essais de ce Blériot sont confiés à Edmond Perreyon dit "Pépé", chef pilote de l’école Blériot, qui conquerra l’année suivante le record d’altitude.

« En même temps que des essais de l'appareil «Canard», M. Louis Blériot, s'occupe actuellement de la mise point de l'appareil type XXX.VI, qui avait été si admiré au récent Salon de l'Aviation.
Cet appareil biplace, à deux places côte à côte, est à fuselage moulé d'une seule pièce; il est blindé par une ceinture en acier chromé de 2 mm. et propulsé par un Gnome de 80 HP.
Le pilote Perreyon l'a, dès hier, piloté avec le plus grand succès en volant à plusieurs reprises au-dessus du nouvel aérodrome de Buc, atteignant l'altitude de 300 mètres, de laquelle il est descendu en un vol plané excessivement doux. Le nouveau châssis d'atterrissage, à amortisseurs oléopneumatiques s'est fort bien comporté et en l'air, l'appareil est remarquablement gracieux.
Nous tiendrons nos lecteurs au courant de la suite de ces essais et du résultat des études incessantes que s'impose M. Blériot pour doter notre armée d'appareils de plus en plus perfectionnés. »
(L’Aéro, 15 décembre 1912).

On notera au passage dans ces initiatives des constructeurs celle de Farman avec un modèle blindé et armé destiné à l’aviation russe.
« UN APPAREIL A MITRAILLEUSE POUR LA RUSSIE
L'aéroplane devient maintenant une arme offensive, Hier, à Buc, Henri Farman s'est livré à de longs essais avec un appareil muni d'une mitrailleuse. Les expériences de tir en vol ont donné de très bons résultats et l'appareil s'est merveilleusement comporté.
La mitrailleuse est placée à l'avant et le fuselage est blindé pour protéger le pilote et le passager contre les balles ennemies.
Cet appareil, est destiné au gouvernement russe. »

Comme est destiné au gouvernement russe le Morane 50 HP blindé essayé par Brindejonc.
(juillet 1913)


Le monoplan de guerre
Notre prochaine flotte d'avions blindés

« - En dépit des difficultés, de leur tâche dans une question toujours nouvelle à cause de ses progrès même, les dirigeants de l'aviation militaire française continuent imperturbablement leur effort, dont le moins qu'on puisse dire, en dépit de certaines critiques, c'est qu'il a fait de notre aviation militaire une arme nouvelle enviée de toutes les nations.

Tout récemment l'on a appris presque coup sur coup deux nouvelles qui montrent avec quelle ténacité intelligente cette grande œuvre se poursuit chez nous. L'une a trait à un important perfectionnement du matériel par la création d'une flotte d'avions blindés; l'autre consiste dans l'utilisation méthodique d'un personnel de premier ordre insuffisamment lié naguère à l'armée et consiste dans l'organisation si attendue d'une milice des aviateurs.
Depuis de longs mois, surtout depuis les expériences directes qu'a apportées l'emploi de l'aéroplane dans la guerre italo-turque et dans les guerres balkaniques, -et dont les résultats confirmaient des essais de tir sur aéroplanes faits l'année dernière à Toulon-, les compétences militaires avaient été amenées à reconnaître que d'une part, une bonne observation du terrain n'était guère possible que si l'appareil évoluait entre 600 et 800m de hauteur et que, d'autre part, jusqu'à 1'000 et 1'200 mètres, l'engin volant restait très dangereusement exposé aux tirs d'infanterie ou d'artillerie, dont il importait d'atténuer le plus possible les effets.

Pour cela, on pouvait ou bien blinder tous les appareils, c'est-à-dire protéger par une cuirasse convenable les hommes (pilote et passagers), le moteur, enfin les organes essentiels de commande ou bien ne blinder que les appareils offensifs de combat et, dans les avions purement de reconnaissance, évoluant au moins à 1.200 mètres, pour se rendre invulnérables, permettre à l'observateur, de se bien renseigner au moyen de lentilles approchantes disposées dans cette coque.
C'est la première solution, le blindage aussi complet que possible qui a été finalement adoptée ainsi qu'on l’a réclamé si souvent.
Il a donc été décidé que tous les appareils de combat seront désormais blindés, les appareils non blindés serviront à l'entraînement des aviateurs militaires.
Et ces appareils blindés pourront être classés dans les 3 catégories ci-après:
1° Monoplaces blindés pour les reconnaissances d'artillerie, de cavalerie et pour les courtes reconnaissances à une vitesse qui ne devra pas être inférieure à 120 kilomètres à l'heure;
2° Biplaces blindés pour les reconnaissances d'état-major (vitesse minimum, 100 kilomètres à l'heure);
3° Biplaces blindés et armés de mitrailleuses, de fusils automatiques, destinés à donner la chasse aux aéroplanes et aux dirigeables ennemis, la vitesse de ces engins ne devant pas être inférieure à 120 kilomètres à l'heure.
4° Multiplaces, poids lourds, d'un grand rayon d'action (vitesse minimum. 100 kilomètres à l'heure), destinés à des missions spéciales.
C'est sur ce programme que les autorités militaires invitèrent les constructeurs français à étudier, proposer, faire essayer des avions blindés. Plusieurs de ces appareils sont terminés, mais sur la demande du ministère de la Guerre on observe sur leurs données ou leurs essais, une très grande réserve; tout ce qu'on sait de certain, c'est qu'on a fait un effort considérable et des merveilles d'ingéniosité. Certains constructeurs seraient même, dit-on, arrivés à protéger l'hélice sans nuire à son fonctionnement.
L'un des avions blindés sur lesquels on a pu récemment avoir quelques détails est un Morane-Saulnier blindé d'artillerie.
Le 31 juillet, Léon Morane, volant une heure et quart, a terminé la réception d'un appareil blindé 80 HP monoplace destiné à l'armée.
La Commission militaire était présidée par le capitaine Cammerman. Les résultats obtenus sont les suivants: Montée à 1.000 mètres en 5 minutes 55 à pleine charge, soit une vitesse ascensionnelle de 170 mètres a la minute.
Le décollage a été effectué en 68 mètres, l'atterrissage en 59 mètres. Dans l'enclos bordé d'une haie de 2 mètres, le décollage et l'atterrissage ont été effectués en 90 mètres, la vitesse moyenne a été de 131 kilomètres à l'heure et la vitesse minima de 85 kilomètres à l'heure.
Ce genre d'appareil blindé est destiné aux observations d'artillerie et c'est à ces titres qu'une grande vitesse ascensionnelle lui a été imposée. On voit de quelle brillante façon pilote et appareil ont rempli cette condition. La vue ci-contre d'un Morane-Saulnier blindé montre que le problème de la protection a également été résolu: le moteur lui-même est efficacement abrité sans nuire à son bon refroidissement. »
(L’Aéro 1er août 1913)

Weymann essaye un avion blindé
Il ne faudrait pas croire que tous les pilotes habiles, possédant de l'expérience, ont la tarentule de la construction. Weymann, qui essaye actuellement au camp de Chalons, un nouvel appareil blindé, n'est pas dans ce cas. Le célèbre aviateur qui travaille beaucoup, qui possède des idées tout à fait intéressantes, a voulu se signaler par un nouvel exploit: celui d'étudier un appareil, de le construire et de le mettre au point.
Cet avion, qui porte actuellement le blindage imposé à la suite d'expériences pratiques, a une longueur de 5 m. 80; les ailes ont une envergure de 8 m. 90, la surface est de 20 mètres carrés. 11 est muni d'un moteur de 60 chevaux. Il décolle à 25 mètres et comme son poids est de 318 kilos, malgré le blindage, il monte en un rien de temps à 1’000 mètres.
Trois particularités intéressantes: 1° un tube reliant le corps de l'appareil aux gouvernails d'arrière avec commandes rigides
2° des goupilles à ressort qui permettent le démontage et le remontage de l'appareil dans le plus court délai;
3° un bâti sur lequel sont placés le moteur, la magnéto, les pompes à huile, de telle sorte que le changement d'un moteur et de ses accessoires peut s'effectuer rapidement.
Ce que Weymann cherche et ce qu'il aura trouvé dans quelques jours c'est un appareil «vite», montant rapidement, le corps entièrement blindé, où l'aviateur est protégé par un bouclier. C'est un avion démontable et remontable également rapidement, enfin facilement transportable.
Il est incontestable que Weymann a jusqu'à présent le mieux réalisé l'avion blindé dont l'armée a besoin.
(L’Aéro, 3 octobre 1913)

L'appareil blindé de Weymann
Weymann se livre depuis plus d'un, mois, à Mourmelon, à d'intéressants essais sur un nouveau monoplan blindé construit sur les plans du capitaine Couade.
L'appareil a fait ses premiers vols avec un 70-chx Gnome; il va être muni maintenant d'un moteur de 80 chevaux.
Cet avion, qui porte actuellement le blindage imposé par l'autorité militaire, a une longueur de 5 mètres 80; les ailes ont une envergure de 8 mètres 90, la surface est de 20 mètres carrés.
Trois particularités intéressantes :
1° un tube reliant le corps de l'appareil aux gouvernails d'arrière avec commandes rigides ;
2° des goupilles à ressort qui permettent le démontage et le remontage de l'appareil dans le plus court délai;
3° un bâti sur lequel sont placés le moteur, la magnéto, les pompes à huile, de telle sorte que le changement d'un moteur et de ses accessoires peut s'effectuer rapidement.

Espérons que les nouvelles expériences seront, encore plus concluantes que les premiers essais.
(L’Aéro, 29 octobre 1913)


Aucun de ces modèles n’arrivera à convaincre les autorités aéronautiques

REPUBLIQUE FRANCAISE
Ministère de la guerre
Commandes d’appareils pour le 1° semestre 1914
Paris le 24 novembre 1913
LE MINISTRE DE LA GUERRE
A M. le Colonel Inspecteur permanent, P.I. de l’aéronautique militaire.
PARIS.
Par lettre n° 273 du 8 octobre 1913, vous m’avez transmis le procès-verbal de la séance tenue le 26 septembre 1913 par la Commission chargée d’établir le programme des achats d’avions pour le 1er semestre 1914
J’ai l’honneur de vous faire connaître qu’en ce qui concerne les achats afférents à la constitution des escadrilles les propositions de la Commission sont modifiées de la manière suivante:

A.- ESCADRILLES DE BIPLANS.
Il sera constitué, comme le propose la commission deux nouvelles escadrilles VOISIN ce qui, compte tenu de la suppression de l’escadrille BREGUET, portera à la fin du 1° semestre 1914 le nombre des escadrilles de biplans à 13, savoir:
4 escadrilles Henri Farman
5 escadrilles Maurice Farman
2 escadrilles Caudron
3 escadrilles Voisin.
Mais il ne peut être question à l’heure actuelle d’organiser une escadrille de mobilisation avec des appareils blindés, type DORAND dont les essais ne sont pas encore suffisamment confirmés.

L’appareil D 3 construit par l’armée est jugé de manière contrastée. Quand il n’est pas brocardé il soulève les interrogations de certains constructeurs, sur la collaboration entre l’aviation et les constructeurs civils. L’armée a-t-elle l’intention de construire ses aéroplanes ? La question est à l’ordre d’une réunion de la Chambre syndicale des industries aéronautiques


La « Grande Muette » a travaillé en silence, trop peut-être, car ce n'est pas elle qui eut révélé ce bel effort de technique avisée accompli par Chalais-Meudon dans le biplan D 3, sorti totalement de ses bureaux d'études et de ses ateliers, sous l'inspiration et sur là génératrice de conception de M. le commandant Dorand.
Ce n'est pas être indiscret que d'avoir vu ce merveilleux biplan blindé, que d'en avoir étudié tout l'inédit, que d'en dire la haute valeur militaire ou les innovations jolies dans l'ensemble ou les solutions de détail.
Le laboratoire de Chalais-Meudon se piquant d'orgueil, aurait pu se contenter de réaliser une synthèse de tout ce que l'industrie privée offre à son choix; il n'en fut pas ainsi, on innova et ceci fait honneur à cette belle maison de la science aéronautique.

Le D 3 se distingue par toutes les vertus exigibles de l'avion de guerre : stabilité extrême, robustesse incomparable, vitesse compatible avec les services de reconnaissance et d'offensive réelle, sensibilité mathématique des commandes, simplicité schématique équipement judicieux où les trouvailles sont nombreuses.
(L’Aéro, 11 septembre 1913)


Mis en goût par le légendaire parapluie de Lucas-Girardville, Chalais-Meudon ne construisit-il pas sept appareils Dorand? Or sans vouloir critiquer cet appareil, ne peut-on admirer l'air d'étroite parenté qu'il a notamment avec les Goupy? Et la préférence accordée aux D n'a-t-elle pas poussé un de nos meilleurs pilotes à en demander un, afin qu'au service militaire, il puisse faire un peu d'aviation?
(L’Aéro, 11 septembre 1913)

Le Matin publie une information amusante:
La chambre syndicale des constructeurs d'aéroplanes, dit-il, s'est émue de ce que l'autorité militaire avait l'intention d'exposer au Salon qui ouvre vendredi prochain un aéroplane du commandant Dorand, construit par des ouvriers de l'armée.
Le général Bernard, directeur de l'aéronautique, vient de donner satisfaction aux constructeurs. Le biplan Dorand pour lequel on avait déjà fait faire, en manière de plaisanterie, une pancarte portant ces mots:
« Record du voyage Villacoublay-Etampe et retour », sera remplacé par une ... tente.
(L’Aéro, 3 décembre 1913)
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La revue des avions militaires à Villacoublay.

Ainsi que nous l’avons annoncé le général Joffre a passé en revue hier à Villacoublay quelques nouveaux types d’avions militaires blindés qui lui ont été présentés par le général Besnard, directeur de l’aéronautique militaire, qui poursuit ainsi l’exécution d’un programme défini dont on peut dire qu’il tend très utilement au remplacement de tous les avions de reconnaissance actuels par des appareils blindés.
On a présenté au général Joffre une escadrille de biplans blindés du commandant Dorand, construits non pas comme on l’a écrit à Chalais-Meudon, mais exécutés par des constructeurs français et par l’industrie privée. Le laboratoire de Chalais-Meudon a présenté un grand biplan muni d’un moteur Salmson horizontal, disposé dans l’extrémité avant du fuselage et qui commande par un renvoi d’angle démultiplié une hélice tractive
L’autre appareil biplan est un avion de bataille à deux places. Il porte une mitrailleuse. Sa propulsion est assurée par deux moteurs Gnome 14 cylindre actionnant une hélice propulsive.
Un autre avion de combat, blindé et armé, était là, Celui-là est une création de l’industrie privée puisque c’est la maison Nieuport qui le présentait. Nous en avons déjà donné la description. Cet avion parfaitement protégé contre les attaques d’adversaires terriens ou aériens serait en temps de guerre une arme redoutable contre les dirigeables, car sa vitesse, qui atteint 145 kilomètres à l’heure lui permet de leur donner utilement la chasse.
C’est le premier avion de combat, et ce seul titre suffirait, s’il n’en avait encore beaucoup d’autres, à lui assurer une place d’honneur au livre d’or de l’aviation militaire française.
Citons enfin parmi les autres appareils présentés des « parasols » Morane-Saulnier, des appareils Gouin-Bleriot et de nouveaux biplans Breguet qui furent tous très remarqués.

Le Temps, 8 juin 1914
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Le Chesne, le 26 août 1914
Le Général Commandant l'Armée à Monsieur le Général Commandant en Chef des Armées.
A Vitry le François.
"J'ai l'honneur de vous exposer ci-après la situation de l'aviation de la 4ème Armée.
...
J'ai l'honneur de demander qu'il me soit envoyé immédiatement 30 appareils répondant à ces conditions. Les appareils peuvent être quelconques et les rechanges pour eux ne sont pas indispensables.
L'essentiel est, que pour l'action décisive dans laquelle nous sommes engagés, on puisse donner aux Corps d'Armée tous les moyens d'Aviation qu'ils réclament journellement avec insistance.
PO le chef d'état-major"

Barès veut 30 avions.
Le GQG lui envoie Jules Védrines et son avion biplace Bériot blindé.
La popularité de Védrines, les caractéristiques de cet avion, dont il n’a pas encore vraiment terminé la mise au point rendent cette affectation extraordinaire, comme l’est le qualificatif d’ « engin de combat destiné à l'attaque par la mitrailleuse ».

« Le ministre de la guerre à GQG
Réponse à message téléphoné n° 1188 du 17 août
L'appareil de VEDRINES est un biplace Blériot, 160 HP, blindé et armé d'une mitrailleuse, vitesse 130 km.
Il emporte deux heures d'essence et 1500 cartouches. Son aménagement ne comporte pas de place pour autre chose.
Cet avion est un engin de combat destiné à l'attaque par la mitrailleuse des dirigeables, des aéroplanes, des rassemblements importants de troupe et notamment des colonnes d'artillerie. »

Le commandant de la Do 22, le capitaine Leclerc ne va cependant pas vraiment apprécier cette arrivée de "La Vache" dont les grandes lettres apparaissent comme une provocation de la part de Védrines dont le mauvais caractère est aussi connu que ses qualités de pilote.
Et l’immortalisation par carte postale ne va pas arranger les choses.
Les relations du pilote et de son chef d’escadrille seront à couteau tiré quoi que la photo ait immortalisé.
Il est vrai que Védrines n’est que 2ème classe et déjà titulaire de la Légion d’Honneur.
Il est vrai qu’il continue, comme il le faisait come pilote civil, à tenir la presse informée des ses « exploits ». A peine est-il arrivé au front que déjà il a droit à une citation, …dans un article !
« Comme ses camarades, Jules Védrines est parti. On l'avait fusillé, on l'avait « blessé » dans un accident d'auto.
« Vous me voyez, je suis fusillé, blessé. Je ne m'en porte pas plus mal ».
Sur son appareil, Jules Védrines a fait peindre en grosses lettres « La Vache ».(Le Matin, 29 août 1914)