Lutte contre les avions ennemis-1915

Création des Groupes de Bombardement

Création des Groupes de Combat

Liaison pour les troupes de toutes armes

GRAND QUARTIER GÉNÉRAL DES ARMÉES DE L'EST.
ÉTAT-MAJOR.
3ème  BUREAU.
Service aéronautique.
Au G. Q. G., le 1er janvier 1915.

Instruction sur l'organisation et l'emploi des groupes de bombardement.
Il est constitué pour les reconnaissances à longue portée et pour les bombardements proprement dits deux groupes d'esca-drilles de bombardement; d'autres seront formés ultérieurement. Chaque groupe comprend trois escadrilles identiques (M.F. ou Voisin) et un parc. Il s'administre isolément.

I. MISSION.
Dans la situation présente, où les incursions sur le territoire occupé par l'ennemi ont un caractère exceptionnel, l'aviation de bombardement est le seul moyen qui permette d'agir sur les voies de communication (gares, voies ferrées, ponts), les quartiers généraux, les casernes, hangars à dirigeables, parcs d'aviation, les dépôts d'approvisionnements, les manufactures, les usines.
L'aviation de bombardement peut aussi être mise à la disposition d'une armée en vue de coopérer à une attaque importante. Elle agira sur le champ de bataille par ses tirs sur des réserves, sur des groupements de batteries, des villages isolés, etc., et assurera le secret des dispositions prises en éloignant l'aviation ennemie, à qui elle donnera la chasse.

II. MODE D'ACTION DES GROUPES DE BOMBARDEMENT.
Les avions des groupes de bombardement sont spécialement aménagés pour le lancement des projectiles.
Les effets de bombardement seront, au point de vue moral comme au point de vue matériel, d'autant plus considérables, que les avions agiront réunis. Les opérations se feront par escadrille complète, et, chaque fois que possible, par groupe entier.
Les avions de bombar-dement ne peuvent, par suite de leur poids, partir que de terrains particuliè-rement favorables: aéro-dromes, terrains aux abords dégagés, et conservant un sol ferme même après des pluies prolongées. Les difficultés de choix de ces terrains conduiront par-fois à installer les groupes de bombardement assez en arrière des lignes.
Les projectiles employés sont les suivants:
a. Contre les troupes: Obus de 90 chargé à la mélinite avec fusée non retardée. Ce projectile est également efficace sur les lieux habités (gares, casernes).
b. Contre les bâtiments (usines, gares, casernes): obus de 155 à fusée retardée; obus de 100 incendiaire.
c. Contre les ouvrages de fortification permanents et les bâtiments très importants: obus de 220 à fusée retardée.
d. Contre les ouvrages de fortification permanents: torpille de 150 kilos contenant 60 kilos d'explosif (en préparation).
Tous les projectiles sont munis d'un empennage qui assure leur chute la pointe en avant. Les effets de pénétration sont considérables. La précision du tir, approximativement réalisée en ce moment par des procédés sommaires et surtout par la grande habitude du personnel, sera prochainement améliorée par l'emploi d'appareils de visée.

III. EMPLOI DES GROUPES DE BOMBARDEMENT.
Les groupes de bombardement sont à la disposition du major général qui fixe leur emplacement et leur donne un plan d'opérations. Le commandant du groupe de bombardement répartit les missions entre les escadrilles, suivant l'effectif des appareils disponibles dans chacune d'elles, l'importance des buts à atteindre et les circonstances atmosphériques.
Le plan de bombardement est communiqué au commandant de l'armée ou détachement d'armée, sur le territoire duquel opère le groupe de bombardement. Ceux-ci indiquent au major général tous les objectifs qu'il leur paraîtrait intéressant d'y ajouter et l'importance qu'ils y attachent pour le succès des opérations en cours.
Les équipages des avions de bombardement s'attachent, tout en remplissant leur mission générale, à relever sur leur parcours toutes les observations présentant un intérêt militaire.
Ils contribuent à éloigner l'aviation ennemie par le tir de leurs mitrailleuses.

IV. COMPTES RENDUS.
En fin de journée, ou immédiatement après chaque expédition, le compte-rendu des opérations de bombardement et des observations faites en cours de mission est envoyé au grand quartier général et aux quartiers généraux des armées intéressées.
Signé Belin.