L'effort technique

 L'effort technique

 

En 1917, l'aviation française va trouver devant elle une aviation ennemie entièrement rénovée; et elle devra, pour la tenir en échec, mener une lutte tenace et ardue.

1917: L'effort technique. - Transformer complètement nos avions d'observation en augmentant leur vitesse et en améliorant leur champ de tir, sous peine de les vouer à une impuissance complète; remplacer tous les Nieuport par des Spad; améliorer la vitesse, le plafond et l'armement de ceux-ci et doubler le nombre des escadrilles de chasse pour avoir la maîtrise de l'air aux moments opportuns; hâter la réalisation de l’avion de bombardement de jour; créer un avion de bombardement de nuit, telles sont les bases du programme établi par le commandant du Peuty (programme de 2.600 avions), lorsque celui-ci fut appelé comme chef du Service Aéronautique au Grand Quartier Général, après que le départ du général Joffre eût entraîné celui du lieutenant-colonel Barès (février 1917).

Ce fut à M. Daniel Vincent, nommé sous-secrétaire d'État à l'Aviation, que revint la réalisation de ce programme. Les travaux déjà entrepris sous son prédécesseur, le colonel Régnier, furent continués avec la plus grande activité; mais en raison des délais inéluctables qui accompagnent la construction d'un nouveau matériel d'aviation, il ne fut possible d'envoyer aux Armées au début de 1917 que des A. R., des Sopwith, des Letord dont les performances étaient à peine suffisantes, eu égard aux progrès des avions de chasse ennemis.
 De même, le matériel du bombardement de jour et de la chasse ne fut amélioré qu'à la fin de 1917 avec l'apparition du Bréguet de bombardement et la mise au point de l'Hispano 220 HP,
Quant à l' aviation de nuit, elle resta médiocrement équipée avec ses antiques Voisin et quelques Caproni.
Ainsi, c'est avec une bonne aviation de chasse montée partie en Spad, partie en Nieuport,  et avec une aviation d'observation dotée d'appareils médiocres, que nous devions affronter dans la bataille de l'Aisne, et plus tard dans les Flandres, les Albatros D.5. 220 HP et les Siemens-Schuckert nouvellement mis en service. La lutte allait être sévère.
 
LES OPÉRATIONS:
L'Aisne, les Flandres  Pourtant, dans ces deux batailles de l'Aisne et des Flandres, où l'ennemi prévenu nous attendait, notre aviation de chasse, comprenant les groupes Brocard, Féquant et Ménard, réunis au sud de Fismes sous les ordres du commandant Le Révérand, se montra plus mordante et plus dévouée que jamais. De son côté, malgré des pertes sensibles, notre aviation d'observation se multiplia pour remplir sa tâche malgré l'infériorité de son matériel.
Mais le sort de l'aviation est lié à celui des troupes qui combattent à terre. Ses efforts n'ont de vraie récompense que si l'infanterie est victorieuse; sinon, ses succès partiels disparaissent dans l'échec général dont elle partage l'amertume. C'est ce qui se produit sur l'Aisne où la belle attitude de l'aviation dans la bataille ne fut pas toujours reconnue par les autres armes, obsédées par le mitraillage matinal de quelques avions ennemis.
Cependant, notre aviation n'avait pas reculé devant les  sacrifices; et, en moins de trois semaines, du 15 avril au 8 mai, 60 de nos appareils étaient tombés dans la bataille.

Certaines de ces pertes étaient particulièrement lourdes: Dorme, qui jusqu'alors semblait invulnérable, les capitaines René Doumer, du Plan, Le Cour Grandmaison, le lieutenant de Gibergues.
Dans le même laps de temps nous abattions, il est  vrai, 70 avions ennemis, dont 28 dans nos lignes.
Plus tard, dans les Flandres, l'aviation de notre 1ère Armée, et en particulier notre 1er groupe de chasse, tint à l'honneur de se montrer aussi valeureuse que les escadrilles britanniques du général Trenchard, à côté desquelles elle combattait. C'est là que, par ses nombreuses victoires, le lieutenant Fonck commença à se classer parmi nos chasseurs d'élite.
 Mais, là aussi, nous eûmes à subir des pertes douloureuses, et particulièrement celle du capitaine Guynemer, disparu le Il septembre en combat aérien, sans que son corps ait jamais pu être arraché au mystère du champ de bataille.
Ainsi 1917 avait été extrêmement sévère pour notre aviation; mais l'apparition annoncée d'un nouveau matériel, à hauteur des exigences de la lutte, devait avant la fin de l'année raffermir tous les espoirs et toutes les volontés.

D'après 
LA GRANDE GUERRE
1914 - 1918
VÉCUE - RACONTÉE - ILLUSTRÉE
PAR LES COMBATTANTS

L'effort technique

Tensions entre le front et l'arrière

Représailles