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Maurice Boyau
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Le rugbyman de l’air
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Maurice Boyau
Le rugbyman de l’air


Capitaine de l’équipe de France de rugby, sous-lieutenant de l’escadrille des sportifs, Maurice Boyau a traversé la Grande Guerre comme on traverse un terrain de sport. Sortir de la mêlée, attaquer et aller droit au but.


Texte : Corinne Micelli 


Le 29 mai 1918, après un magnifique triplé, le sous-lieutenant Maurice Boyau parvient à revenir dans les lignes françaises malgré deux balles incendiaires : une dans le réservoir de son Spad et une seconde qui, après avoir traversé le siège, perfora son pantalon.
 - « Trois centimètres de plus, lui explique son ami Gilbert Sardier, et tu serais à l’hôpital !
- « Sans doute, répond le miraculé, je vivrais certainement plus longtemps ! »
Une intuition, une prémonition ? Toujours est-il que le brillant pilote a vu juste. Il est abattu le 16 septembre 1918, atteint par une mitrailleuse au sol, alors qu’il vient de « griller » sa vingtième « saucisse ». La mort le fauche sournoisement alors qu’il vient juste de fêter ses 30 ans et que la vie lui souriait depuis sa plus tendre enfance.
Né le 8 mai 1888 à Mustapha en Algérie, le jeune Maurice débarque avec ses parents à Bordeaux où il se fait très vite remarquer par ses qualités sportives. Il égale les meilleurs en cyclisme, en course à pied, en saut, en boxe, en football. Mais c’est au rugby qu’il devient un as. C’est un athlète complet et intrépide. Une fois en possession du ballon, il ne le lâche qu’une fois le but marqué. La presse étrangère l’acclame et l’encense sur tous les grands terrains d’Europe. Les équipes d’Angleterre, d’Écosse, d’Irlande, du Pays de Galles s’inclinent devant l’équipe de France dirigée par le capitaine Boyau troisième ligne dans la mêlée. D’après son ami Géo André, un autre athlète, « Maurice réalisait pleinement l’idéal recherché par les Grecs. Ce n’était pas seulement une âme saine dans un corps sain, mais une âme belle dans un corps élancé, svelte, élégant, apte à tous les efforts ». Il mène les pilotes qu’il entraîne comme il mène son équipe de rugby à la victoire. Et malgré toutes ces qualités, il sait garder la tête froide et étonne par sa modestie.
Lorsque la Grande Guerre éclate, il débute dans le Train des équipages. Bien que parti de bon gré au moment de la mobilisation, ce travail de conducteur d’automobile ne lui convient pas. Il demande à entrer dans l’aviation, multiplie les démarches et les requêtes. Sportif de haut niveau, sa place n’était-elle pas dans l’aviation ? Enfin, en hiver 1915, il obtient l’autorisation de permuter. Il commence son entraînement à l’école Blériot de Buc et se lie d’emblée d’amitié avec Gilbert Sardier, coureur à pied et futur compagnon de combat. Tous deux sont ensuite expédiés à l’école d’acrobatie de Pau. Mais, à sa grande déception, Boyau est nommé moniteur à Buc. Il se voit relégué à l’arrière sous prétexte que ses qualités d’instructeur seraient plus utiles qu’au front. Patriote jusqu’au bout des ongles, il réitère ses démarches et ses requêtes. Il finit par obtenir satisfaction en intégrant l’escadrille N 77 (surnommée l’escadrille des sportifs en raison des athlètes qui la composent), qui vient juste d’être formée. Il est alors caporal.
Le 16 mars 1917, il transforme son premier essai en attaquant un Aviatik qui vient d’abattre le sous-lieutenant Havet sous ses yeux. En revenant à l’escadrille, il déclare : «Mon équipier est vengé mais quel chagrin de rentrer sans lui ! ». Malgré ce succès, Maurice trouve que le secteur manque de proies. Il demande l’autorisation d’aller larguer quelques bombes chez l’ennemi. Le 23 mars, il part avec le sergent Boillot, un champion du volant, pour attaquer l’aérodrome de Marimbois, près de Thiaucourt. Ils descendent à 200 mètres du sol et se délestent des bombes « Gros ». L’effet est immédiat : les hangars gorgés de réserves d’essence s’enflamment. Deux mois plus tard, Boyau tente sa première attaque contre les drachens. Hélas pour celui qui allait devenir un des plus grands incendiaires de ballon, l’observateur saute en parachute et les troupes allemandes parviennent à ramener le drachen au sol. Sportif dans le cœur et dans l’âme, Maurice accepte la défaite mais cogite. Il améliore son armement et repart à l’attaque. Le 3 juin, il décolle en compagnie de Gilbert Sardier. Deux saucisses se dandinent à l’horizon. La première prend feu, mais la seconde est ramenée au sol. Le surlendemain, nouvelle expédition et nouvelle victoire, toujours en compagnie de Sardier. «Il ne pouvait pas voir un de ces engins sans l’attaquer, confie ce dernier. Il se précipite et l’enflamme. » Le 24 juin, Boyau fête son premier doublé : un drachen et un avion pris dans un groupe de cinq. L’ennemi devenant rare dans le secteur, il reprend sa série de bombardements au ras du sol. Puisque les oiseaux à croix noire semblent se terrer, il décide d’aller les « chercher au poulailler ». Il a inventé un système lui permettant d’emporter cinq bombes « Gros » installées entre les roues de son Nieuport, un dispositif qui impose un décollage parfait et de ne revenir à l’escadrille qu’une fois tous les projectiles largués. Le 26 août, Maurice change de sport et s’adonne à la chasse aux drachens en « Bochie ». Septième et ultime victoire. Du moins, en apparence, car divers journaux le donnent pour mort et publient la triste nouvelle. En apprenant son décès, le sergent Boyau écrit aussitôt au rédacteur en chef de la Guerre aérienne : « Je ne sais quel ahuri a voulu me faire mourir. Mais croyez que je n’ai rien voulu savoir. Au contraire, vendredi et samedi dernier, je suis allé en plein jour, bombarder le terrain d’aviation de Metz et deux gares à longue distance. Dimanche après-midi, après deux attaques de saucisses, je mettais le troisième en feu. Non, je tiens à vivre encore un peu et à aider de toutes mes forces à foutre ces salauds à la porte de chez nous. »
Les victoires se succèdent : du 16 au 1er octobre, il livre aux flammes deux drachens et deux biplaces. Six saucisses et cinq avions sont inscrits à son palmarès. Il est déjà médaillé militaire et sept fois cité à l’ordre pour actions d’éclat. Pendant une période, il est mis sur la touche en raison de nombreux enrayages et de victimes tombées trop loin dans les lignes ennemies pour être homologuées. Dès  1918, il retourne dans la mêlée et réalise une prodigieuse série : 28 mai, un avion, 29 mai, 2 avions et un drachen, 31 mai, un avion, 4 juin, un avion et un drachen. Boyau compte alors à son actif dix avions et autant de ballons. L’été 1918 est incandescent. Le 28 août, il se voit décerné la rosette de la Légion d’honneur agrémentée d’une citation dithyrambique : « Pilote le plus brave, athlète le plus complet, dont les merveilleuses qualités physiques sont mises en action par l’âme la plus belle et la volonté la plus haute. […] Remarquablement doué, a excellé dans toutes les branches de l’aviation : reconnaissance, photographie en monoplace, bombardement à faible altitude, et s’est classé, en qualques mois, parmi les meilleurs pilotes de chasse. A remporté 28 victoires officielles en abattant seize drachens et douze avions ennemis. Médaillé militaire et chevalier de la Légion d’honneur pour faits de guerre, quatorze citations. »
En septembre, la série reprend. Le 13, il livre combat à un groupe de six avions et parvient à désemparer l’un d’entre eux. Les 14 et 15, il incendie deux drachens. Le 16, il part en milieu de matinée avec le caporal Walk. Il se met délibérément hors-jeu pour atteindre sa cible et s’enfonce de dix kilomètres dans les lignes ennemies afin d’attaquer un ballon. Par deux fois, il envoie des rafales sans succès. À la troisième, le feu s’élève enfin vers le ciel. C’est sa 35e victoire mais aussi la dernière. C’est alors qu’il aperçoit une patrouille d’avions allemands pourchassant son équipier qui rejoint les lignes françaises. Pour se porter à son secours, il passe sous le ballon en feu et vire pour foncer sur l’ennemi. Il est cueilli au passage par une balle d’artillerie au sol. À quelques semaines de l’armistice, le sous-lieutenant Maurice Boyau rejoint le martyrologe des aviateurs tombés au champ d’honneur.
Un match de rugby avait été prévu avant la date fatidique. L’équipe au complet avait même été photographiée avant la compétition. La partie fut jouée, malgré tout mais ses camarades refusant de remplacer leur capitaine, jouèrent à quatorze.


L’escadrille des sportifs

L’escadrille 77 fut surnommée l’escadrille des sportifs en raison des nombreux athlètes de haut niveau qui la composaient, entre autres :
Decoin, champion de France de natation
Mouronval, joueur de rugby
Fellonneau, professeur de culture physique, boxeur, footballeur
Strohl, international de rugby
Sardier, coureur à pied
Barbaza, nageur
Mévius, joueur de tennis

 

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