VEDRINES ABAT UN TAUBEvedrines borelpegoudGeorges Guynemer aviation 1914 1918 Henri Labouchere 1914 1915 aviationvedrinesbourjadedecourviere pilte 141 8 esc vb 101chapolard pilote 14 18 VB 133Quennehem guerre 14 18 aviation eascadrille 133 guerre 1914 1918lacrouze aviation vb 101 retour ludwigshaffen 1915Bielovucic

AccueilDoctrinesPilotes et PersonnelsFormationAvionsEscadrillesBatailles
Accueil Qui sont les As 19 victoires et plus 18 à 12 victoires 11 à 9 victoires 8 victoires 7 victoires 6 victoires 5 victoires Aperçu Chronologique Avant Guerre 1914 1915 1916 1917 1918 Mises à jour D'accord/Pas d'accord Contributeurs Souscription
Jean Navarre
Rubriques:
Un enfant terrible
=>>
 

Un enfant terrible

Par David Méchin

Jean Navarre naît en 1895 en même temps que son frère jumeau Pierre, dans la commune de Jouy-sur-Morin en Seine et Marne. Ils sont les aînés d’une famille qui comportera 11 enfants et dont le père deviendra un des plus importants papetiers de France.

Les deux jumeaux se révèlent vite être des enfants terribles, fuguant à plusieurs reprises les différents établissements scolaires dans lesquels ils sont envoyés. Bien qu’indiscipliné, Jean se révèle néanmoins un élève intelligent et son père finit par engager un précepteur qui peut terminer son éducation, ce qui lui permet d’obtenir la première partie du baccalauréat. Envoyé en Angleterre dans une pension de famille, il s’enfuit de nouveau à plusieurs reprises. Son père le fait revenir en France pour le confier de nouveau aux soins de son précepteur, qui ne peut cette fois-ci lui faire obtenir sa 2e partie de baccalauréat en 1913. Il entre alors à 18 ans dans la vie active, travaillant dans une usine qu’il quitte bien vite puis d’inscrivant dans une école de mécanique d’où il est renvoyé en raison des libertés qu’il prend avec les horaires... Très intéressé comme nombre de jeunes gens de l’époque par l’aviation naissante, il va régulièrement voir avec son frère Pierre les avions décoller des aérodromes de Buc ou Juvisy. Il trouve alors la motivation de préparer le concours d’entrée à l’école supérieure d’aéronautique qui vient d’ouvrir ses portes rue de Clignancourt à Paris. Il y est admis et se montre un élève appliqué, jusqu’en juin 1914 où il disparaît sans prévenir pour s’offrir un stage au collèges d’athlètes de Reims. Estimant avoir assimilé assez de cours théoriques, il entre comme élève-pilote à l’école de pilotage des frères Caudron mais n’a pas le temps de passer son brevet de pilote avant la déclaration de guerre tombant le 2 août 1914.

 


Une recrue indisciplinée

Incorporé comme mécanicien à Saint-Cyr l’école, les hasards de l’affectation le conduisent à la base aérienne de Tours, dans laquelle il s’intègre au bluff dans un peloton d’élève pilotes militaires, prétendant qu’il pilote déjà depuis trois ans. Il rattrape vite son manque d’expérience en tant que pilote et obtient son brevet militaire à 19 ans en septembre 1914. Il part ensuite à Lyon-Bron se perfectionner sur Maurice Farman et suit peu après sa première affectation en escadrille à la MF 8 qui est basée à Corbie, sur le front de la Somme. Il y effectue plusieurs missions d’observation mais ses frasques ont vite fait de lui attirer l’inimitié de son chef, le capitaine Fassin. Navarre s’ennuie au camp et n’hésite pas à « faire le mur » en allant dans la ville voisine dissimulé dans la voiture de l’escadrille, quand il ne s’y rend pas directement en avion ! S’en est trop pour l’officier, qui se débarrasse de ce caporal indiscipliné en le renvoyant à la base de St-Cyr l’école en vue d’une nouvelle affectation. Il est alors dirigé sur Villacoublay pour se former au pilotage du Morane-Saulnier type L parasol, puis part le 27 février 1915 à l’escadrille MS 12 basée à Muizon près de Reims.

 
Insérer ici photo Navarre devant MS L (Photo AD 31)
Bien qu’officiellement commandée par le lieutenant de Bernis, son chef effectif en est le commandant Charles Tricornot de Rose, officier novateur qui la transforme en la première escadrille de chasse de l’histoire. Il a sélectionné l’avion le plus rapide du moment (le Morane Parasol) afin de rattraper les avions adverses, qui doivent être approchés le plus près possible afin de permettre à l’observateur armé d’une carabine de tirer dans la tête du pilote ennemi. Concernant le personnel, il a besoin d’hommes motivés recherchant le combat et recrute pour beaucoup des officiers de cavalerie. Navarre a aussi ce profil et s’entend tout de suite avec ce chef, dont, d’après les témoignages, il était le seul à en accepter les ordres. 
Les résultats ne tardent pas : le 1er avril 1915, Navarre pilote son Morane Parasol n°27 avec le lieutenant Robert comme observateur. Un Aviatik est croisé au-dessus de Fraisne près de Soissons, et aussitôt attaqué. Les balles de Robert le contraignent à se poser dans les lignes françaises et les deux aviateurs se posent à proximité de leur proie, capturant les deux aviateurs allemands. Cette victoire, indiscutable, est la première de l’escadrille et tombe en même temps que le premier succès de Roland Garros dans le Nord. Elle vaut à Navarre la médaille militaire et sa promotion au rang de sergent. D’autres succès vont suivre le 12 et 13 avril dont seul le dernier sera homologué à Navarre et à son observateur Gérard qui abattent en collaboration avec la DCA un Aviatik près de Sainte Ménehould, lui tirant dessus à coup de pistolet et de mousqueton.

Mais les incartades se poursuivent également : au retour d’une mission sur le Morane n°122, avec le sous-lieutenant René Chambe (futur général) comme observateur, ils aperçoivent une outarde et Navarre décide d’améliorer l’ordinaire de l’escadrille en chassant le volatile… Sans solliciter l’avis de Chambe qui est théoriquement le chef de bord, Navarre effectue un virage au ras du sol et son aile heurte un obstacle – le Morane s’écrase, blessant sérieusement Chambe à la cuisse. Averti de l’accident, de Rose passe l’éponge et dira de son bouillant subordonné : "Avec Navarre, on est toujours pris au dépourvu. Au moment où l'on va signer pour lui un ordre d'arrêts de rigueur on est obligé de le transformer en citation."

Au mois de mai, nommé adjudant, Navarre et le sous lieutenant Pelletier d’Oisy sont détachés en Artois sur le terrain de Brias près de Saint-Omer pour renforcer avec leurs appareils l’aviation du secteur. C’est à cette époque qu’il effectuera une série de trois missions spéciales consistant à déposer des espions derrière les lignes ennemies. Ces missions sont très dangereuses pour le pilote ainsi que pour l’espion : les deux premiers que Navarre dépose sont seront capturés et fusillés, seul le troisième (déposé en même temps qu’un camarade venu sur un avion piloté par Jules Védrines) aura la chance d’accomplir sa mission et de s’enfuir en Hollande. Navarre reçoit la légion d’honneur pour ces misions le 19 juillet 1915.

Puis il retourne à ses missions de chasse pure et se voit affecter un des premiers chasseurs, un Morane monoplan type N armé d’une mitrailleuse non synchronisée de type Garros, à bord duquel il renoue avec le succès en abattant le 26 octobre 1915 sa troisième victoire officielle, un LVG C II est contraint de se poser à Jaulgonne où son équipage est capturé.
 
Navarre devant son NI 16 n°872, célèbre à Verdun par sa couleur rouge.(SHDA), ou photo 1ere victoire (AD 31)

La sentinelle de Verdun

Navarre est ensuite affecté durant l’hiver à l’escadrille N 48 basée à Lunéville, période durant laquelle il remporte une nouvelle victoire (non homologuée) contre un biplace le 21 février 1916 près du fort de Badonviller. Mais c’est précisément ce jour que commence la bataille de Verdun : Voulant être au cœur de l’action, quitte de sa propre initiative la N 48 pour se présenter à l’escadrille de chasse du fort de Verdun, la N 67, qui stationne à  Vadelaincourt. Sa réputation l’a déjà précédé et son nouveau chef d’escadrille, qui a bien situé le personnage, lui laisse une grande autonomie tant que les résultats suivent… Bien lui en prend, car son nouveau pilote remporte le premier « doublé » de la guerre en abattant deux biplaces ennemis qui tombent à Dieue sur Meuse et à Manheulles le 26 février 1916. Ces deux victoires sont homologuées et permettront à Navarre de devenir le premier pilote de chasse cité au communiqué. A l’instar de Boelcke qui s’établit à Sivry, Navarre veut s’établir au plus près du front et installe son Nieuport, sur un terrain camouflé en bordure de Verdun au Faubourg Pavé, mais celui-ci se révèle vite dangereux car repéré par l’ennemi et il doit revenir à Vadelaincourt. Possédant plusieurs appareils qui lui sont affectés en propre, il est surtout connu de ses camarades par son Nieuport 16 au fuselage peint en rouge, qui est d’ailleurs équipé d’une mitrailleuse Lewis synchronisée avec un dispositif expérimental Alkan qui sera plus tard généralisé à l’aviation française. C’est avec cet appareil que prend corps la légende de « la sentinelle de Verdun » (titre donné par le journaliste Jacques Mortane), qui réconforte les poilus par ses exploits au-dessus des lignes. Pilotant sans relâche lors de croisières solitaires, la liste de ses victoires s’allonge vite : un Albatros abattu le 2 mars sur Douaumont, un probable le 6 mars, et pas moins de trois avions revendiqués le 18 mars dont un seul est homologué. Promu sous-lieutenant à titre temporaire le 1er avril, il ajoute le jour même une victoire probable puis en remporte une autre confirmée le 3 avril près du bois de Cumières. Le 24, il n’hésite pas à fondre dans une formation de quatre appareils ennemis : un biplace protégé par trois Fokker. Le biplace est abattu sans coup férir (et homologué) et les chasseurs dispersés (comptés comme probables).
 
Sur son Ni 11 n°576 en vol sur Verdun (SHDA)

Le 18 avril, un nouvel appareil est probablement abattu, tandis que le lendemain un Aviatik C tombe sous ses balles à Chattancourt dans les lignes françaises où son équipage est capturé. C’est sa dixième victoire et il est le premier pilote français à atteindre ce score, talonné de près par Nungesser qu’il côtoie sur son aérodrome. Le 21 mai, il remporte son 11e succès et 17 juin il descend un biplace ennemi à Samogneux qui sera son dernier. En effet, le jour même, lors d’une autre mission derrière les lignes ennemies sur Grandpré (Ardennes) il est sérieusement blessé lors d’un affrontement aérien et parvient avec difficulté à se poser sur un terrain de Sainte Ménehould. Le nom du pilote allemand de Fokker Eindecker Walter Höhndorf est parfois mentionné car il revendique précisément un Nieuport ce jour-là, mais cette théorie reste assez peu probable car il faisait partie du KeK Vaux, situé à Vaux en Vermondois à plus d’une centaine de kilomètres du lieu du combat. Si Höhndorf était le pilote victorieux, il aurait dû décoller d’un terrain avancé. Il est tout aussi possible que Navarre ait été victime d’un mitrailleur particulièrement adroit d’une avion biplace – le débat reste ouvert.
Il est évacué vers un hôpital mais à sa blessure physique s’ajoute une dépression nerveuse d’un homme usé par le stress des combats. La mort de son frère jumeau Pierre, abattu en combat aérien le 15 novembre 1916 achève de le miner – il portera longtemps un brassard noir en signe de deuil. Il ne revient à la N 67 qu’en mars 1917 et reprend pour un temps ses vols sans rencontrer d’avion ennemi. Le 9 avril 1917, alors qu’il est de sortie à Paris pour chercher des pièces pour son avion, il s’offre une virée en voiture et roule sur le trottoir. Deux agents de police tentent de l’interpeller, Navarre refuse d’obtempérer et accélère après être revenu sur la chaussée. Les deux pandores tirent dans les pneus de la voiture au moment où il débouche à un coin de rue d’où surgissent deux autres policiers qu’il fauche de son véhicule. Alors qu’il recule pour tenter de dégager l’un d’eux qui est coincé contre son essieu avant, l’autre policier tente de le maîtriser mais Navarre le boxe proprement et parvient à s’enfuir et à revenir à son escadrille. C’est là qu’il est arrêté par les gendarmes et interné dans une prison militaire parisienne, en attendant le conseil de guerre. Les médecins militaires lui sauvent la mise en le déclarant irresponsable de ses actes en raison du grand traumatisme nerveux qu’il a subi. Il est alors placé dans une maison de repos qu’il ne quittera que peu avant la guerre, au mois de septembre 1918. Reprenant l’entraînement, l’armistice survient alors qu’il n’a pas encore rejoint son escadrille. L’ancien héros de Verdun trouve alors un emploi de chef pilote chez Morane-Saulnier. En testant un nouvel appareil, il se tue dans un accident de vol le 10 juillet 1919 à Villacoublay. Pour lui comme beaucoup d’autres héros du conflit habitués au danger, il n’y a pas eu d’après guerre…

=>>
Rubriques:
Un enfant terrible Carrière Victoires